the colorist emiliana torrini

Depuis son premier album Spoon sorti en 1994, l’italo-islandaise Emiliana Torrini a su se bâtir une solide carrière et une communauté de fans qui, à travers le monde, deviennent des vecteurs puissants de transmission pour sa musique, sa fantaisie et sa mine. Skriber en fait partie. Et la sortie ce vendredi de son nouvel album réalisé en collaboration avec le collectif musical The Colorist a de quoi rendre fébrile quiconque se sentirait l’âme d’un explorateur repartant sur les premières terres qu’il découvrit quelques années avant. Pour les vivre différemment.

Dans un cosmos mêlant la froideur de l’Islande à la chaleur humaine développée dans les us, les coutumes, et les arts de celles et ceux qui composent cette nation, un visage s’est dessiné dans l’écume des vagues formées dans le sillage de noms déjà devenus grands. Ses contours ont épousé ceux de la démence introspective de Björk, ceux aussi de la cadence indomptable de Jónsi.

Si comme eux, si comme Sóley, Júníus et bien d’autres encore, elle porte l’accent sur son second i, mon choix est fait aujourd’hui de la distinguer en ne le posant pas : the Emiliana Torrini day is today, quelques jours avant Noël. Voilà qu’ils sont deux à s’y coller sur le e : un comble !

Plus sérieusement, la jeune duchesse de la banlieue de Reykjavik qui fêtera en mai prochain ses quarante ans revient cette semaine avec un album aux airs de best of, enregistré en live avec la formation musicale The Colorist. Créée par Aarich Jespers et Kobe Proesmans en 2013, son ambition est de s’approprier la musique de certains artistes afin de les remodeler, de les fondre, de les réinterpréter, de les cisailler, de les rembobiner. Bref, de les réinventer.

L’expérience avait déjà eu lieu récemment avec des titres de Sumie Nagano et Cibelle. Ce fut ces derniers mois au tour d’Emiliana Torrini de s’y coller. Bonne nouvelle : si la musique est effectivement et profondément remaniée, le plaisir demeure pour se renouveler lui-aussi, à sa manière.

Nouveau départ, nouveaux repères

Parmi les chansons revisitées par The Colorist sous l’œil bienveillant d’Emiliana Torrini, on retrouve neuf plages ayant déjà marqué les esprits et provenant de ces trois derniers albums : Fisherman’s Woman sorti en 2005, Me & Armini en 2008 et Tookah en 2013 (j’écarte volontairement Rarities paru en 2010 car il s’agissait d’une réédition). Dès lors, à ce stade, tout devient subjectif puisque les goûts et les couleurs ne se discutent pas, c’est bien connu.

Néanmoins, certains éléments connectés aux remaniements opérés dans les arrangements, ainsi qu’aux instruments employés par The Colorist tendent à susciter une deuxième lecture de chacun de ces morceaux de façon innovante. Speed of Dark se transforme ainsi en une vibration presque aquatique qui tranche, sans perdre de vue la première version du titre disponible sur Tookah. Serenade gagne une profondeur teintée d’une légèreté qui rappelle étrangement les dernières expérimentations musicales d’Emily Portman dans Coracle.

Nouveaux voyages intérieurs, nouveaux chapitres à écrire

Si Emiliana Torrini a de la ressource, elle a aussi un fils. Et c’est lui qui lui donna l’idée de When we dance, premier titre inédit disponible sur ce nouvel opus : « Nous avions deux jours pour écrire une chanson avant de débuter les enregistrements en studio. Mon fils et moi, nous avons commencé à danser. C’est là qu’il m’a dit : « Maman, nos esprits brillent lorsque nous dansons ensemble ». J’ai tellement aimé cette phrase que je l’ai gardée pour faire évoluer toute ma chanson When we dance autour d’elle ».

Résultat : un titre de vapeur transcrivant l’émotion particulière que la Jungle Queen ressentit au beau milieu de la campagne belge, son lieu de villégiature au moment de son écriture.

Quant au second morceau inédit, Nightfall, il est plus un écho à l’un des plus beaux titres de Björk qu’une référence crépusculaire. Saurez-vous reconnaître le titre auquel je fais référence ? Un indice : l’amour y déborde. Et il est partout, de nos gènes aux plus petits scintillements des étoiles. Emiliana Torrini réussit à son tour à apporter sa pierre à la tour, qui permettra un jour d’atteindre le cœur de son mystère.

 



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