stronger david gordon green

Sorti le 7 février dernier dans les salles, Stronger revenait sur les attentats de Boston d’avril 2013 à travers l’expérience vécue de Jeff Bauman. Le film, réalisé par David Gordon Green (Manglehorn, L’autre rive), ne fit pas beaucoup parler de lui dans les médias français. Et s’il le fut, c’était sous la plume de critiques « professionnelles » dont les appréciations, pour certaines, étaient suffisamment opposées à celles des spectateurs pour que l’on s’interroge sur leurs profondes motivations. Stronger paraîtra le 21 juin en Blu-Ray et DVD.

Jeff Bauman (Jake Gyllenhaal) est rôtisseur dans un supermarché. Il vit non loin de Boston avec sa mère Patty (Miranda Richardson). Son temps libre, il le passe notamment à soutenir les Red Sox et à regarder les matchs de base-ball dans le café du coin où il a ses habitudes. Tout comme sa mère d’ailleurs, scotchée au bar avec sa sœur, à moitié beurrée.

Jeff Bauman est aussi un romantique, éperdument amoureux d’Erin Hurley (Tatiana Maslany). Elle travaille à l’hôpital en tant qu’infirmière. Ils ont été ensemble. Plusieurs fois. Et ils ont rompu. Plusieurs fois aussi. Voilà un mois qu’ils sont séparés à nouveau. Et Jeff ne manque pas une occasion pour prouver son amour tenace à sa belle.

Justement, la voici débarquant à son tour au café. Ce jour-là, c’est pour récolter des fonds pour pouvoir courir durant le prochain marathon de Boston. Jeff saute sur l’occasion et convainc tous les clients du bar de donner un peu d’argent. Quelques secondes suffisent pour que la cagnotte d’Erin soit remplie. Des regards, des sourires. Il se passe ce truc évident entre eux.

Quelques jours plus tard, Erin est dans les rues de Boston. Elle court pour l’hôpital où elle travaille. Elle approche de la ligne d’arrivée. Jeff lui avait promis d’y être. Il y est déjà, avec sa pancarte faite à la main pour lui crier tous ses encouragements. Tout son amour. Mais il n’en aura pas le temps : la première bombe a déjà explosé, juste à côté de lui.

Histoire et réalisation vraies

Avec Stronger, David Gordon Green réalise un film d’une profonde justesse, s’inscrivant dans la continuité de longs-métrages tels que celui de Xavier Dolan : Mommy. Une justesse qui tient à une perspective émotionnelle cherchant à capter et à retranscrire fidèlement, plutôt qu’à tourner pour interpréter les faits à sa manière.

En clair, le travail de David Gordon Green a consisté à poser la caméra et à laisser cette histoire vraie se dérouler d’elle-même, par le biais entre autres d’un casting exemplaire ayant complètement intégrer la psychologie de chaque personnage, ainsi que tous les tenants et les aboutissants des évènements.

Ne plus ignorer les victimes

De nombreux commentateurs ont interprété Stronger comme la volonté de David Gordon Green de valoriser de manière « patriotique » et naïve la renaissance des États-Unis suite aux attentats, dont celui de Boston, à travers le parcours de Jeff Bauman gravement mutilé suite à l’explosion, et devenu le héros « malgré lui » d’une population en proie à la souffrance et à la peur. En quête de rédemption et de vengeance.

En cela, ces commentateurs n’ont pas saisi le sens réel de Stronger. Voilà sans doute la raison qui explique la différence singulière entre leur perception et celle des spectateurs dans leur très grande majorité. Car l’humanité incarnée avec brio par Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany et Miranda Richardson, tout comme cette douleur teintée de culpabilité – qu’il est en effet difficile d’appréhender et de comprendre lorsqu’on n’a pas vécu ce type d’injustice – sont bouleversantes tant elles sont criantes de réalisme.

On est bien loin des clichés patriotiques mis en avant par certains. Au contraire, Stronger interroge le monde, l’idéologie dominante, les formats ayant la peau dure. Le film évoque sans détour les nuances de l’âme humaine et repositionne les victimes, l’honneur, le devoir, le sacrifice. Au-delà de la politique, des médias, de la géopolitique, des tractations, des jeux de pouvoirs et de la guerre, Stronger est un retour aux sources. Un retour à l’homme dans son plus simple appareil.