Manglehorn

Mercredi sortait dans les salles la dernière réalisation de David Gordon Green : Manglehorn. Porté par le couple d’acteurs devenus mythiques, Al Pacino (Le Parrain, Scarface, L’associé du diable…) et Holly Hunter (La leçon de piano, Jesus’ son, O’Brother…), ce long-métrage s’apparente à une métaphore sans fard de la solitude, nourrie par l’angoisse d’être définitivement écartée du chemin de l’amour.

A.J Manglehorn (Al Pacino) est un serrurier propriétaire de sa petite boutique sombre, encombrée, et sentant le renfermé. Tout comme sa maison, dont les stores constamment clos révèlent dès les premiers instants du film son inaptitude à s’ouvrir au monde.

Dans cette baraque de bois infestée d’objets impersonnels et empestant le tabac, la seule trace de vie est incarnée par Fannie, la chatte de Manglehorn. Celle-ci ne s’alimente plus depuis un bon moment, malgré les attentions de son maître, qui finit par se le reprocher à lui-même en retournant la table de la salle à manger.

Manglehorn est un homme perdu depuis sa rupture avec Clara. Il lui écrit tous les jours, et envoie ses courriers qui retournent inlassablement à leur expéditeur.

En parallèle, par le biais des histoires contées par ceux l’ayant connu dans le passé, on apprend qu’il fut un temps admiré et respecté. Dompteur de taureau un jour, magicien un autre : toutes ces évocations ne collent décidemment pas avec le personnage fatigué et désespéré sacrifiant tout son être sur l’autel de la perdition.

L’unique famille qui reste à cet homme, son fils Gary (Chris Messina) et sa petite-fille Clara, ne souffre aucune exception, et malgré une affection palpable, s’empêtre dans la rancœur, le mépris et l’oubli.

Seule lumière au tableau : le sourire de Dawn (Holly Hunter), guichetière de banque attentionnée envers ses clients, et suscitant chez le vieux Manglehorn une émotion apaisant sa colère, et contre laquelle il tente pourtant de se battre, emprisonné dans les effluves des souvenirs d’une Clara omniprésente, nourrissant une nostalgie destructrice pour lui et ceux qui l’entoure.

Le fabriquant des clés sachant ouvrir toutes les portes pour les autres est incapable d’en faire autant pour la sienne : ironie du sort concrétisée par l’interdiction pour le spectateur de pénétrer cette pièce au fond de la cuisine, ainsi que par cette clé avalée par Fannie.

Jusqu’où ira Manglehorn dans l’autodestruction ? Jusqu’où laissera-t-il Clara s’immiscer ? Aura-t-il le cran de se réveiller enfin, avant qu’il ne soit trop tard ? Saura-t-il dépasser l’homme qu’il fut et les sentiments qu’il eut pour voyager à nouveau sur les océans d’un amour à l’affut ?

Car s’il arrive à tous de chuter dans cette détresse mélancolique d’une relation perdue, comment ferez-vous pour ne pas périr avant l’heure ? Comment ferez-vous pour vous mettre à nouveau à nu ?

Film réaliste aux contours aiguisés sachant heurter l’amour-propre de tout un chacun tout comme sa propension à aisément baisser les bras et à céder à la facilité de la trahison de soi, Manglehorn saura vous aiguiller dans la mise en place d’actions ciblées qui vous apprendront à nouveau à respirer, et à la clé, le moyen de (re)trouver la vôtre.