mother darren aronofskyCette semaine dans les salles obscures, l’Américain Darren Aronofsky faisait une nouvelle fois parler de lui avec sa toute dernière « composition » cinématographique : Mother ! Le réalisateur de Requiem for a dream (2000) et de Black Swan (2011) a donc fait couler beaucoup d’encre. Les critiques s’en sont donné à cœur joie, entre élans amoureux pour les unes et détestation hostile pour les autres. Une chose est sûre : le film ne laisse pas indifférent. Il ne le peut pas.

Une maison brûle. Une femme est au milieu des flammes. Elles lèchent sa peau et dévorent son corps. Son regard ne recèle ni ne révèle aucune peur. Au contraire, elle demeure là, impassible, déterminée. Comme si elle avait choisi sa mort. Comme si elle avait choisi le feu… pour se libérer.

Les cendres sont partout dans la maison. Elle a cessé de brûler. Le temps fait son office et, lentement, les stigmates de l’incendie disparaissent. Les charpentes noircies sont à nouveau peintes. Les carreaux brisés des fenêtres sont à nouveau intacts. Les objets retrouvent une place. En particulier, cette roche de cristal posée sur une étagère, tel un trophée.

Le temps fait son office. Mais on ignore dans quel sens il va. Dans le lit, une silhouette se forme sous les draps. Celle de Mother (Jennifer Lawrence). Elle se réveille et le cherche instinctivement, Lui (Javier Bardem). Mais il n’est pas dans la couche. Il est déjà loin.

Déambulant dans la maison à sa recherche, Mother se laisse finalement surprendre par Lui sur le palier. Dans cet intermédiaire séparant l’intérieur et l’extérieur, leur univers et l’autre monde, les liens d’amour entre les deux sont autant perceptibles que l’angoisse de Mother. Elle est déjà en elle, elle ne la quittera plus. Elle est dans toute la maison, derrière les murs et sous le plancher. De la cave au dernier étage de la bâtisse, dont le cœur semble battre au rythme du sien.

Mais que craint-elle au juste ?

À quel camp appartenez-vous ?

Égaré entre thriller, drame romantique et film fantastique, Mother ! laisse un goût amer dans la bouche du spectateur qui s’interroge en fin de séance sur le sens du symbolisme dont Darren Aronofsky use et abuse. Cette amertume se diffuse dans l’esprit de celui qui tente de percer le mystère de Mother ! Mais aussi dans l’esprit de celui qui veut y échapper, à n’importe quel prix.

Car Mother ! ne propose pas qu’une seule grille de lecture. Car Mother ! n’appartenait déjà plus à son créateur une fois la dernière minute de montage achevée. Car Mother ! développe une multitude de plans parallèles… dans son seul nom. Aussi, pour ceux animés par le désir ardent de faire partie de sa confidence, mieux vaut n’avoir aucune limite dans l’effort d’interprétation et d’appropriation du film : Mother ! se dompte par une imagination débordante et par la liberté.

Le casting du rêve et du double jeu

Mother ! est donc un film à double facette. Au moins. Dans ce sens, les choix opérés par Darren Aronofsky pour la distribution des rôles révèlent une cohérence et une finesse allant au-delà du scénario lui-même.

En considérant les rôles qu’ont pu incarner Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris (L’homme) et Michelle Pfeiffer (La femme) par le passé, on comprend ce que Darren Aronofsky est allé chercher en chacun d’entre eux : la subversion sulfureuse capable de renverser les codes de la réalité et du fantasmagorique. Une étincelle capable d’embraser n’importe quel cœur.

Qui est Mother !?

Au final, voilà bien la question qui demeure une fois les lumières rallumées. Même si la tournure de la question mériterait plus précisément d’être : qu’est Mother !? Disons alors que Mother ! puisse être une vie, une inspiration, une incarnation du foyer, une attente, une passion pétrie d’illusions, se consumant à petit feu jusqu’à l’implosion.

Disons aussi que Mother ! puisse être celle de tous les vices, de tous les péchés. Celle de toutes les ignorances et de toutes les lâchetés. Celle de l’effroi et de la monstruosité. Celle du dégoût et de l’irresponsabilité.

Quoi qu’on en dise, quoi qu’on en fasse, Mother ! est en chacun de nous. À des kilomètres d’un premier degré que Darren Aronofsky a depuis longtemps abandonné, Mother ! peint la folie d’un monde en proie à ses propres démons et ce, peu importe la forme qu’ils revêtent. Accepter leur réalité pourrait sans doute circonscrire leur propagation. Pour la pureté cristalline d’une âme qui ne serait plus le fruit d’une destruction totale, mais plutôt celui d’une élévation.