Vendeur

Premier long métrage réussi pour Sylvain Desclous : Vendeur nous conte une histoire d’un réalisme débordant à la trame finement ciselée qui saura mettre d’accord les esprits ouverts et bousculer tous les autres.

Gérald (Pio Marmaï) vient de perdre le restaurant qu’il avait ouvert avec sa compagne Karole (Clémentine Poidatz). Il retrouve son père Serge (Gilbert Melki) pour lui faire part de sa situation et lui demander de l’aide afin de trouver un emploi qui lui permettrait de régler ses dettes et d’ouvrir un nouveau restaurant.

Tel est le contexte posé au début du premier long métrage de Sylvain Desclous, Vendeur, sorti ce mercredi dans les salles. Telle est l’histoire à laquelle il souhaitait nous faire croire.

Le film n’a pas bénéficié d’une extraordinaire promotion les jours précédant sa sortie. Et pour cause : les moyens mis en œuvre pour sa réalisation sont tout aussi limités. Pourtant, Vendeur est un grand film. Un beau film.

Avec une extrême justesse et une pointe de dérision, le scénario sait dépeindre l’environnement professionnel de ces carnivores dressés par des patrons s’improvisant gourous pour vendre des biens de consommation hors de prix à des clients dressés, eux, pour se faire avoir dans neuf cas sur dix par ces saltimbanques d’un nouveau genre. Les uns incarnent les discours d’une séduction agressive pour faire rêver l’espace de quelques minutes et parvenir à leurs fins, les autres simulent leur lutte qu’ils savent vaine. Ainsi alimentent-ils tous le grand théâtre de la vie.

Un théâtre grandeur nature dans lequel se joue cette pièce en une infinité d’actes, avec la superficialité s’insinuant trop souvent dans les rapports humains comme héroïne principale, entourée des valeurs tombées en désuétude avec le temps dans les seconds rôles.

Des valeurs dont le souvenir devient à nouveau vivace lorsque la maladie et la mort pointent le bout de leur nez derrière le rideau pour faire leur entrée fracassante dans le décor bien ficelé de nos « petites » perspectives à court-terme.

Aussi, alors que Serge se rend compte de l’essentiel qui lui manqua pour vivre pleinement ses désirs les plus fous et les plus simples, son fils Gérald finit par emprunter le même chemin qui fut le sien  plusieurs années avant, dans tout ce confort, ce pouvoir fantasmé, cette facilité sans risque qu’il lui offre. Le lion qui connaît déjà cette route pour lui avoir cédé lui-même tout ce qui le rendait réellement vivant choisit de sortir de l’arène et tente de sauver son rejeton d’un avenir funeste qu’il ne connaît que trop bien.

Mais le lionceau sera-t-il capable de distinguer la gueule qui protège des crocs dont les morsures ne lui sont définitivement pas destinées ?

La distribution de Vendeur porte le film ainsi que toute son authenticité. Le jeu de Gilbert Melki est surprenant et tranche radicalement avec les précédents rôles qu’on lui connaît. Il se révèle complètement et instille des émotions fidèles au message à faire passer.

Pio Marmaï est à la hauteur du duo qu’il forme avec lui et propose une démarche plus intimiste qui résonne avec la passion refoulée de son personnage. À noter également l’excellente prestation de Clémentine Poidatz et celle de Pascal Elso, dont les intentions savent magnifier le duo de Vendeur et sa vérité.

Une vérité qui vous incombe de découvrir car elle ne peut être expliquée à celles et ceux qui n’ont pas fait l’expérience de ce lâcher-prise permettant de dépasser les formats imposés. Vendeur fait partie de ces films rares aptes à les mettre sur la voie.