a polylogue from sila kevin bucquet

Kevin Bucquet est bassiste, compositeur et producteur. Il est également le fondateur du projet musical A Polylogue from Sila. Il a sorti son premier album le 8 juillet dernier, après un voyage l’ayant mené du Conservatoire de Tarnos à Berlin. Rencontre avec un artiste multi-facette biberonné au Michael Jackson et au Deep Purple.

Bonjour Kevin et merci d’avoir accepté cette interview. Avant de parler de ta vie à Berlin et de l’album de A Polylogue from Sila, j’aimerais en apprendre un peu plus sur ton parcours. Avant la Music Academy, avant le Conservatoire. Juste au moment où tu achetas ton premier instrument. C’était quoi, c’était quand, et pour quelles raisons ?

Le premier instrument que j’ai acheté était une guitare électrique d’un fabriquant chinois dont personne ne connaît le nom sur Ebay. Je pense qu’à cette époque, je ne savais même pas ce qu’était qu’une basse. Je voulais seulement jouer de n’importe quel instrument, la guitare étant à l’époque le plus cool et le plus accessible à mes yeux.

Où es-tu né et quel âge as-tu aujourd’hui ?

J’ai 27 ans et je suis né à Paris dans le 13ème, mais je n’y ai vécu que quelques années. Ce qui fait de moi un touriste exemplaire dans la capitale !

Qu’écoutaient tes parents quand tu étais enfant ?

Il faut dire que j’ai eu beaucoup de chance ! C’était assez varié mais je peux quand même différencier deux univers entre mon père et ma mère ! Mon père écoutait plus de la fusion ou du rock progressif comme Weather Report, Stanley Clark, King Crimson, Deep Purple, Toto, Tears For Fears… Du côté de ma mère, on était plus dans un registre folk et funk avec des artistes comme Cat Stevens, America, Neil Young, Stevie Wonder, Michael Jackson.

Quel est ton premier grand souvenir de musique ?

Il me semble que mon plus grand souvenir était le clip de Black or White de Mickael Jackson qui tournait en boucle chez moi ! Ma sœur et moi avions eu la chance de posséder un lecteur CDV de l’époque, vous vous rappelez ? L’ancêtre du DVD ! Enfin bref, on regardait en boucle les vidéos de ses Greatest Hits.

En quelle année entres-tu au Conservatoire ?

Je suis rentré au Conservatoire de Tarnos dans le Sud-Ouest en 2016, pour en sortir trois ans plus tard !

Quelles ont-été tes premières impressions en pénétrant dans les lieux ?

J’ai vraiment aimé l’ambiance qui y régnait, les profs étaient géniaux et les élèves aussi. Mais j’ai vite eu le besoin de me plonger dans une formation beaucoup plus intensive. J’avais vraiment besoin de m’immerger dans la musique pour pouvoir en faire quelque chose ! Un besoin de quitter l’endroit où j’ai grandi, rencontrer de nouvelles personnes, des nouvelles mentalités, mais aussi un nouvel enseignement !

Quels parallèles dresses-tu entre ta formation au Conservatoire de Tarnos et celle que tu reçus à la Music Academy International de Nancy ?

Le Conservatoire de Tarnos m’a apporté toutes les bases théoriques et pratiques dont j’avais besoin, mais je manquais réellement de quelque chose de plus intensif (et plus de deux jours de cours par semaine). La Musique Academy International m’a permis de repousser mes limites : l’immersion qu’elle initie est complètement folle. Les profs nous donnaient volontairement trop de travail pour voir jusqu’où nous pouvions aller. Elle m’a aussi apporté beaucoup de confiance en moi en tant que musicien professionnel, j’ai aussi appris à gérer des situations de stress.

a polylogue from syla live

Dans ta biographie, il est indiqué que tu as été diplômé de la MAI avec « mention spéciale à l’unanimité et les félicitations du jury ». Au-delà de la fierté que tu peux légitimement ressentir après ce succès, que dissimule le fait d’avoir voulu mettre en avant cette information dans une promotion consacrée à ta musique ?

Je t’avoue que c’était pour moi une manière d’acquérir une certaine confiance vis-à-vis des gens que je contactais. Cela fait un moment que j’ai rédigé cette biographie mais le fait de lire ta question me rend un peu mal à l’aise. Je pense que vanter ses mérites en fonction du diplôme que nous avons n’est pas forcément quelque chose de fiable ou de valable. Lorsqu’une personne obtient un diplôme mais qu’elle ne connaît rien du milieu, on se rend compte que le papier ne vaut plus grand chose. En premier lieu, c’était plus une manière de se présenter en tant que musicien qualifié et non comme un compositeur. En réalité, je pense que la seule chose qui puisse vraiment justifier mes compétences sans artifice ou autres citations de diplôme obtenu, c’est bien ma musique. L’unique moyen aujourd’hui de pouvoir justifier cela, c’est de venir voir le live, écouter l’album ou encore regarder les vidéos disponibles sur Youtube. Je ne peux pas être plus honnête que ça…

Ressens-tu encore ce besoin de justification depuis ton déménagement dans la capitale allemande ?

Je pense qu’il est toujours présent mais qu’il a évolué. Avant, je me justifiais plus pour pouvoir rencontrer des gens, intégrer des formations, créer de nouveaux projets. Maintenant, c’est seulement avec mes prestations en live. Ce que j’ai à donner sur le moment est la seule manière possible de justifier mes compétences.

Tu vis donc depuis un peu plus de quatre ans maintenant à Berlin. L’effervescence artistique et culturelle de la ville t’a permis de rencontrer et de collaborer avec quelques pointures telles que Joel Holmes, Petra Acker, Stevy Mahy et Amp Fiddler. Elle t’a également poussé dans les bras de Sila, que tu décris tel un autre personnifié et présent dans ta tête. Qui est Sila ?

Sila est en effet cette petite voix dans notre tête. Celle qui nous souffle tout bas de prendre telle ou telle décision, et qui nous influence inconsciemment. C’est la personnification de notre intuition et des phénomènes qui ont du mal à être expliqués. Quand les mots manquent, il ne reste plus que le ressenti, pour moi, c’est parfois bien plus concret. Je pars du principe qu’une œuvre (quel que soit le domaine artistique) ne nous appartient pas vraiment. J’essaye de faire le pont entre le plan ésotérique et le monde matériel tel que nous le percevons, une sorte de fil conducteur entre une idée et sa réalisation concrète.

Que révèlent ce personnage et sa seule existence sur l’intérieur de Kevin Bucquet ?

Il révèle que le monde n’est pas seulement ce que l’on voit, mais surtout ce que l’on croit. Nos idées préconçues, nos principes, mettent des barrières à notre vie. Je sais que chaque individu est habité par « Sila » et qu’il est possible d’établir un lien direct. Nous ne devons pas nous braquer mais plutôt créer un canal entre les deux. Je pense sincèrement que cela peut amener à de très grands résultats.

Est-il une simple fantasmagorie marketing, ou une âme artistique presque humaine devenue ta muse ?

Je n’y vois aucun plan marketing, c’est vraiment quelque chose que je ressens, qui me guide et qui m’aide à avancer artistiquement mais aussi dans la vie de tous les jours. Ce n’est pas vraiment ma muse, c’est plus un ange, un guide, une énergie que je laisse s’exprimer à travers moi.

“Je pense qu’une vie entière n’est pas de trop pour pouvoir s’identifier à sa musique. C’est un long chemin auquel j’aime me dédier”

 

Dans A Polylogue from Sila, on plonge dans un bain bouillonnant tout autant cohérent que surprenant. Nu soul, jazz, hip-hop, trip-hop même, RnB et funk : dans la composition et la réalisation de ce premier album, l’expression d’un collectif dont on sent que chaque acteur a été choisi avec soin. Peux-tu nous en dire plus sur les idées que tu avais en tête avant même de rencontrer chacun d’entre eux ?

J’écris souvent la musique en premier lieu. Les paroles et la mélodie principale ont toujours été pour moi quelque-chose que je garde pour la fin. Je n’avais pas d’idée préconçue avant de collaborer avec les différents chanteurs. Si le morceau que je leur proposais résonnait avec leur créativité, c’est de manière très naturelle que l’on pouvait opter pour une version finale ! A Polylogue From Sila n’est pas un collectif de musiciens à proprement parler. Certes, il regroupe des artistes différents sur l’album. Mais ce projet est le mien : tout l’album a été entièrement écrit et composé par mes soins.

Et il fonctionne bien, même très bien. A Polylogue from Sila sait accompagner les évasions de chacun, entre midi et deux, ou le soir dans une ambiance cosy allongé sur le canapé. On est loin des grandes productions musicales européennes et américaines qui mettent le feu à la scène. Côté artiste, comment manage-t-on ce type de musique lors d’un concert ?

J’ai eu la chance de pouvoir m’entourer de très bons musiciens qui sont également des amis de longue date. Je leur fais entièrement confiance et je pense que c’est réciproque. On laisse beaucoup de place à l’improvisation dans les concerts, ce qui fait qu’il n’y en a jamais deux pareils. J’ai beaucoup appris sur moi-même lorsqu’il a fallu diriger un groupe de cinq personnes et c’est avec surprise que je me suis vu capable de mener la barque où je le voulais !

Quelle relation singulière avec le public ressent-on en développant ce genre d’ambiance ?

Je pense que les gens te renvoient exactement ce que tu leur donnes ! Dans mon cas, je souhaite leur donner uniquement de bonnes vibrations, c’est donc de manière très fluide que l’on arrive à se mettre sur la même fréquence et initier l’échange !

Focus sur deux morceaux qui m’ont particulièrement plu. Le premier est en seconde plage et s’intitule Hide & Seek, en featuring avec Joey Steffens. Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés et pourquoi avoir décidé de collaborer ?

C’est assez amusant, car avant d’enregistrer les voix pour ce morceau, je cherchais activement des chanteurs et des chanteuses sur Berlin pour faire partie du projet de manière permanente. J’ai auditionné une dizaine de personne, ce qui n’avait abouti nulle part… Un jour, je reçois un coup de fil d’un ami batteur, Giancarlo, qui avait entendu une chanteuse le soir-même dans un karaoké paumé et qui venait d’avoir un « eargasme ». On a ensuite bloqué un rendez-vous et là : BOOM ! C’était vraiment incroyable de rencontrer la personne qui collait parfaitement au projet. Ce n’était pas du tout son métier, et pourtant, ses capacités vocales allaient bien au-delà de la moyenne.

a polylogue from sila band

Le second morceau que j’ai beaucoup apprécié est Touch That Elephant en septième plage. Mais que représente cet éléphant au juste ? Oserait-on croire qu’il s’agisse bien de ce dont il s’agit ou a-t-on l’esprit si mal placé ?

(rires) Et bien vous n’êtes pas les premiers à avoir l’esprit mal placé ! Il s’agit en fait de l’expérience d’une personne dans un état modifié de conscience grâce à un certain type de champignon… Pas ceux que l’on met dans une omelette, pour rester implicite (rires) Durant son voyage, cette personne peut notamment apercevoir un éléphant sur lequel se trouve James Brown en train de danser !!! « Come on baby and touch !!! »

Dans quelle mesure peut-on dire que ce morceau soit représentatif de la symbiose de genres que tu développes à ta manière dans l’intégralité de l’album ?

Je pense qu’il regroupe suffisamment d’éléments musicaux différents pour qu’il représente le registre que je cherche à créer. Il y a des guitares funk, une batterie plutôt hip-hop, un chant soul, un peu de talk box. Tous ces éléments sont issus de la musique noire américaine à laquelle je suis très sensible.

Ça fait quoi au fond de faire la musique qui te ressemble ?

C’est pour moi essentiel d’acquérir une signature personnelle quel que soit le domaine artistique auquel on appartient. Je pense qu’une vie entière n’est pas de trop pour pouvoir s’identifier à sa musique. C’est un long chemin auquel j’aime me dédier. Un an s’est déjà écoulé depuis l’écriture de cet album et il me semble que cela ne correspond déjà plus vraiment à ce à quoi j’aspire aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’il m’arrive fréquemment d’arranger les morceaux de l’album pour le live en amenant quelque chose de plus actuel.

Quels sont les prochains événements pour A Polylogue from Syla ?

Nous avons prévu de travailler avec le chanteur Charles X et d’enchaîner avec une tournée en Belgique, au Luxembourg et en France dans les prochaines semaines ! Nous aurons Romain Gratalon à la batterie, Kevin Larriveau aux claviers, Hugo Valantin à la guitare, Amandine O’Cookie au Chant. Je serai à la basse.

On ne manquera pas de suivre toute cette actualité sur ta page Facebook. Merci encore Kevin pour cet échange. On te souhaite une bonne continuation ainsi qu’à toute ta team.

 


Crédits photos : Lolito de Palermo (live)