aurus bastien picot portrait

Bastien Picot est Aurus. Aurus est Bastien Picot. Bastien Picot est un autre. Aurus tout autant. “Un masque, une posture, parfois plusieurs au cours d’une même journée.” Au printemps sortira un premier EP sous ce nouveau de scène. Puis un premier album à la fin de l’année. Aurus est partout et ici. Il est présent et son indice. Rencontre avec ses multiples facettes et toutes ses contradictions.

Dans l’ombre d’un songe, on voit passer le temps. Celui qui file sans surprise, qui nous laisse sur notre faim. Dans les frémissements d’un jour, on sent venir l’époque. Celle dédiée à l’inattendu, qui saura finalement faire sens. Aussi, quand les 3SomeSisters se sont tues, leurs chants ont perduré. Éloignés les uns des autres, certes. Mais connectés, encore, par ce lien imperceptible qui fit toute leur singularité. Le plaisir est autre mais il demeure finalement le même. Car au-delà des voix, l’intention poursuit son cours. À l’instar de celle d’Aurus, le nouveau projet musical solo de Bastien Picot.

Depuis notre première rencontre en 2016 au Mama, l’homme aux milliers de facettes assumées a continué à se révéler. En outre, à travers plusieurs collaborations avec Richard Bona, Hadrien Feraud, Ribongia, Lo Griyo et Maya Kamaty. Entre la France et la Réunion, il a poursuivi le tissage de sa propre toile. D’une part, pour pointer du doigt celle qui peut emprisonner, le web. D’autre part, pour réfléchir sur son temps en partant de ses tourments à lui. Enfin, pour reconnaître sa seule fragilité et faire en sorte qu’elle fasse écho. Notamment chez celles et ceux qui font tout pour l’ignorer.

Comprendre la société dans laquelle nous vivons

Après la présentation d’un premier EP éponyme en 2015, Bastien Picot est revenu en 2019 sous les traits d’Aurus. Il s’agit d’un projet présenté tout à la fois comme un mirage moderne et l’incarnation des contradictions de l’être. La première résonne entre autres avec son titre T.M.I paru il y a cinq ans. Elle est numérique, technologique, invasive :  “On crée des choses pour mieux communiquer et être plus que jamais reliés à nous et aux autres. Pourtant, on crée l’inverse. Car on sait pertinemment que toutes ces technologies ne font que nous éloigner de l’essentiel. Du vrai contact, des vrais rapports humains.”

Une lutte qui s’engage donc entre l’hyperconnectivité et le manque de connexions bien réelles entre les hommes. Mais également avec leur environnement et leur habitat naturel : “Nous disposons de plusieurs biais par lesquels nous entrons en contact avec les animaux. Beaucoup sont contradictoires. Nous sommes en adoration devant nos animaux de compagnie. En parallèle, nous sommes complètement détachés de ceux que nous massacrons. Pour les manger, pour les vertus supposées de leur ivoire. À cause de la déforestation, de notre consommation énergétique, de notre quotidien frénétique.”

“Je crois que notre existence ne dépend pas forcément de la quantité de choses qu’on réalise ou qu’on a réalisées. Mais plutôt de la manière dont on les a vécues et dont on a réussi à les faire vivre.”

 

Saisir le sens de la vie que nous menons

En mai 2019, Aurus dévoile un premier single fort axé sur la valeur du temps : Momentum. En filigrane, on cerne l’urgence constante, l’immédiateté sévissant dans notre époque actuelle. Mais aussi l’expérience de la vie que l’on manque à défaut de prendre le temps de soi et des autres. “Dans un premier temps, il s’agit d’en prendre conscience”, souligne Bastien. “Aucun changement, notamment le fait de se sentir pleinement dans le présent, n’est possible sans ça. On est nombreux à ressasser le passé, à faire nos plans sur la comète pour l’avenir. Mais finalement, nous ne sommes pas là, ici, maintenant.”

Entre spiritualité et pragmatisme, Bastien Picot confie à travers le regard d’Aurus les méthodes qu’il a privilégiées pour se reconnecter lui-même au présent. Par la pratique de la méditation pleine conscience. Mais aussi par celle du “ne rien faire” : “C’est étrange et c’est très dur. Moi-même j’ai du mal, je dois bien l’avouer. Pourtant, cela permet au cerveau de se reconstruire. Par cette méthode, il existe l’opportunité de se recalibrer pour être présent à nouveau et prendre le temps du temps. L’étirer au lieu de faire en sorte de l’accélérer pour être constamment dans l’optique de le “rentabiliser”. Avant d’ajouter : “Je crois que notre existence ne dépend pas forcément de la quantité de choses qu’on réalise ou qu’on a réalisées. Mais plutôt de la manière dont on les a vécues et dont on a réussi à les faire vivre.”

Aurus : du lointain, initier le réveil

Partagé le 29 novembre 2019, le second single d’Aurus, The Abettors, matérialise la quintessence d’une intention artistique partagée avec Sandra Nkaké : Je l’admire beaucoup. Nous nous étions rencontrés à l’époque des 3SomeSisters. Je suis fan de son talent. J’adore sa voix, sa musicalité. Nous partageons le même amour du jazz et de la musique soul. Quand j’ai écrit ce morceau, j’ai pensé à elle. Il y avait l’envie. Mais j’ai aussi perçu une sorte d’évidence dans cette collaboration.” Une évidence qui se traduit par une confusion de leurs deux voix. La magie opère tant elle ébranle.

Réalisé par Laurent Aspesberro, le clip met en lumière le travail extraordinaire de MiMi Choi. Elle est partie prenante dans la foule d’interrogations de Bastien Picot, livrées au grand jour par Aurus : “Parce que c’est important pour moi. Parce que c’est important de mettre le doigt dessus et d’en discuter.” Ainsi peint-elle, bien plus qu’elle ne la maquille, la vision d’un auteur, compositeur et interprète mû par une profonde volonté de changement : “Si le fait de mettre des mots, des images, des sons, des émotions sur mon propre cheminement peut faire écho et se combiner à celui d’autres personnes, j’en suis ravi. Si on veut initier le changement en nous et chez les autres, il s’agit de réaliser qu’on n’est pas au-dessus de ça.”

aurus sandra nkaké the abettors

D’en bas, chanter tout haut

Après plusieurs scènes lui ayant déjà permis de partager en 2019 sa conception de l’autre et de maintenant, notamment au Hasard Ludique, au Safico et aux Bars en Trans, Aurus entame une nouvelle migration. Elle le mènera à la sortie d’un premier EP au printemps, ainsi qu’à celle d’un premier album : “Soit à la fin de l’année ou au début de l’année 2021.” Avant cela, d’autres singles sont prévus. Notamment Mean World Syndrome, présenté comme le petit frère de T.M.I. Et qui devrait voir le jour le 31 janvier prochain.

“Il s’agit d’un vrai syndrome qui existe souvent dans des pays développés et aisés. Des pays où il n’y a aucune guerre, où les gens ne sont pas en situation de danger imminent. Ces gens ont une image du monde beaucoup plus violente et sombre que ce qu’il n’est en réalité. Ils restent terrés chez eux, paralysés par une peur incroyable d’en sortir. Ce syndrome est lié à l’exposition aux médias, notamment à la télévision et aux images violentes diffusées par exemple sur les chaînes d’information continue.”

 


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