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Depuis 2013, Gunnar Ellwanger forme avec Joao Francisco Preto et David Jarry le groupe Gunwood. Il est son bébé qu’il nourrit aux sons de ses références musicales allant de Feist à Pink Floyd, en passant par Jimi Hendrix et Half Moon Run. Fin avril, Gunwood a sorti son premier album : Traveling Soul. Rencontre aujourd’hui avec Gunnar Ellwanger, à quelques jours du concert de Gunwood prévu vendredi 25 août sur la scène IDF du festival Rock en Seine.

Gunnar Ellwanger, bonjour, et merci d’avoir accepté cette interview. Commençons par faire un petit retour en arrière. À cette époque où tes parents écoutaient le rock des sixties tous les jours en fans absolus. Ça donnait quoi à la maison ?

Bonjour et merci pour l’invitation. J’ai grandi en Allemagne dans une maison où la musique était assez omniprésente. Mon père était musicien amateur dans un groupe de folk irlandais et de bluegrass. À la maison, il y avait des guitares, un banjo, un violon… Et même un piano et une batterie un peu plus tard. Mes parents écoutaient donc beaucoup de rock et de folk, mais aussi énormément de blues, de boogie-woogie et de rhythm and blues.

Te souviens-tu d’un moment en particulier en rapport avec cet éveil musical, que tes parents ont partagé avec toi ? Pourquoi celui-ci et pas un autre ?

Un des moments les plus marquants pour moi, ce fut probablement quand je jouai pour la première fois sur une scène devant des gens à dix ans. Des amis de mes parents se produisaient ce soir-là. Avant le début du show, j’étais monté sur scène pour reprendre les morceaux que je connaissais à la guitare, comme Honky Tonk Woman des Stones, Walking By Myself de Gary Moore  et Knocking on the Heaven’s Door de Bob Dylan. Des musiciens adultes m’avaient spontanément rejoint pour m’accompagner à la basse, à la batterie et au chant. Ce fut donc également la première fois que je jouais avec un groupe de rock éphémère au complet.

As-tu des frères et sœurs ? Si oui : ont-ils comme toi été infectés par le virus de la musique ?

J’ai deux sœurs et deux frères. Ils ont presque tous fait comme moi quelques années de piano. L’un de mes frères a également joué de la batterie pendant quelque temps. Je suis le seul pour qui la pratique instrumentale est restée une passion. Mais comme mes parents, les quatre ont toujours écouté beaucoup de musique, ce qui m’a permis de découvrir énormément d’autres groupes.

Dans une précédente interview, tu confiais être passé du piano à la guitare à l’âge de 8 ans notamment grâce à Saul Hudson aka Slash, le guitariste des Guns N’Roses. Depuis, tu n’as jamais lâché cet instrument. Peux-tu nous décrire celle relation singulière que tu entretiens avec la guitare depuis votre première rencontre ?

La guitare était présente dans tous mes premiers émois musicaux, que ce soit dans le folk, le rock’n’roll ou le blues. C’est également avec la guitare que j’ai composé mes premières chansons, elle est rapidement devenue mon moyen d’expression le plus naturel avant que je me mette à chanter. S’il m’arrive encore aujourd’hui de composer sans instrument ou avec un clavier, la plupart de mes morceaux naissent avec ma guitare entre les mains.

gunwood gunnar ellwanger

Dans la même interview, tu expliques : « Ça fait longtemps que je n’ai plus d’idole à proprement dit, je pense qu’à partir d’un moment ça devient une barrière inutile pour notre développement personnel ». À quel moment Slash et les autres grands noms à travers lesquels tu avais coutume de t’identifier sont-ils devenus cette barrière inutile pour ton propre développement ? Pourquoi ?

J’ai découvert Slash et les Guns N’Roses à l’âge de sept ou huit ans. À cet âge, je pense qu’il est naturel de procéder par imitation, peu importe le domaine. C’est un des premiers groupes dont j’ai vu des concerts à la télé. Ce sont en grande partie eux qui m’ont donné l’envie de faire de la scène. Mais je me suis détaché assez rapidement et naturellement de cette posture de fan. Les groupes que j’adorais avaient toujours quelques morceaux ou des bouts de morceau qui me parlaient moins, voire qui me frustraient et que j’avais envie de réécrire. C’est en quelque sorte cette frustration qui m’a poussé à écrire mes propres chansons. Si j’avais trouvé le groupe “parfait”, je n’en aurais peut-être jamais ressenti le besoin.

En surfant en peu sur le web, on découvre ton profil sur le site de l’école Musiques Tangentes, une association dédiée à la musique et installée à Malakoff. On découvre que tu y es professeur de guitare et intervenant fanfare de percussions, ainsi que ta formation en musicologie à Paris 8 et tes réalisations pour le cinéma, le théâtre et d’autres artistes. Quel âge as-tu aujourd’hui ?

J’ai 34 ans.

Que t’évoque ton parcours avec le recul en un seul mot ? Pourquoi ce mot ?

Le mot qui me vient à l’esprit en repensant à mon parcours, c’est le mot rencontre. S’il est indispensable d’avoir ses objectifs en tant qu’artiste pour avancer, ce sont les rencontres qui nous nourrissent et qui déterminent finalement notre destin. Le groupe Gunwood est ce qu’il est aujourd’hui grâce à la rencontre avec mes musiciens David Jarry Lacombe et João Francisco Preto, et récemment avec Christophe Spagnuolo qui nous a découverts et nous a introduits chez notre label : Zamora.

J’ai eu la curiosité de creuser un peu du côté de tes collaborations mises en avant sur ta fiche. J’ai notamment découvert celle avec Kesiena. Tu as réalisé, co-composé, arrangé et participé à son album It was all written sorti en février 2013. En écoutant le titre album, j’ai instantanément reconnu ta touche. Selon toi, comment un artiste doit-il procéder pour la diffuser le plus largement possible à travers l’offre musicale toujours plus vaste disponible aujourd’hui ?

Je ne sais pas s’il existe une recette toute faite, chaque histoire est différente… Pour moi, il faut avoir quelque chose à dire qui n’a pas encore été dit et être entouré par les bonnes personnes. Si Gunwood commence à connaître une diffusion plus large aujourd’hui, c’est en grande partie grâce aux personnes qui nous entourent comme l’équipe de notre label Zamora, ou encore François Galarneau, qui a réalisé avec brio nos vidéos depuis le début du projet.

Fais-tu partie de ces artistes considérant la musique comme un sacerdoce sacrificiel ?

Oui, en quelque sorte. La plupart de mes chansons sont assez intimes, donc quand je les joue en public, je divulgue une partie de moi-même. Notre travail consiste à transmettre des émotions aux gens, et il y a une part de sacrifice dans le fait de revivre ces émotions à chaque concert. Mais le fait de voir que d’autres gens sont sensibles à ces mêmes émotions est une récompense énorme.

Des nouvelles de Kesiena ?

Il a démarré une nouvelle aventure musicale sous le nom de Wayne Snow à Berlin, dans un tout autre style : un mélange de house, d’électro-jazz et de soul. Nous sommes toujours en contact et en bon terme, je lui souhaite tout le meilleur pour son projet.

“Nous avons besoin de vérités pour nous sentir en sécurité, mais celles-ci ont tendance à nous enfermer et à nous empêcher de rêver et d’évoluer. Peut-être que la formule magique aurait comme but de nous enlever ce besoin de vérités”

 

Fin décembre 2016, la campagne de crowfunding lancée par Gunwood sur Ulule pour financer un peu plus d’un dixième de son premier album prend fin. L’objectif est atteint et même dépassé. Traveling Soul sort le 28 avril dernier chez Zamora, en partenariat avec la Grosse Radio. Que retiens-tu de cette expérience ?

J’ai été assez surpris par la générosité des participants, nous en sommes très reconnaissants. Le fait que des inconnus soient prêts à nous aider nous a également apporté de la confiance dans notre projet.

Quelles perspectives complémentaires offre-t-elle à des groupes récemment formés tels que Gunwood ?

L’industrie de la musique vit un moment charnière : les ventes rapportent peu et la production d’un disque reste malgré tout assez coûteuse. Le crowdfunding devient presque incontournable financièrement pour les jeunes groupes. Il sert également à faire parler du projet.

Traveling Soul, ce sont donc douze titres originaux voyageant entre plusieurs eaux : celles du rock bien sûr, mais aussi celles du folk et du blues. Focus sur deux d’entre eux, à commencer par le titre album en première plage. Il y est question d’esprit, de racines, d’un chez-soi qui protège. Il pose les fondations du thème de l’initiation, qui rejoint celui du développement personnel que nous évoquions tout à l’heure. Crois-tu que tout un chacun puisse un jour apprendre à se connaître vraiment et totalement ?

Tant que nous apprenons, nous changeons. Et tant que nous changeons, nous ne pouvons pas nous connaître entièrement. Et même si ça devait être le cas, le monde autour de nous change constamment, donc le quête de soi est interminable à mon sens. Et tant mieux ! Pour ma part, je vis pour découvrir. Si je me retrouvais un jour dans la situation de ne plus avoir de questions à résoudre, je vivrais ça probablement comme un détenu dans une prison. Pour moi, il est important de se connaître assez pour ne pas refaire les mêmes erreurs, mais il est aussi important de réussir continuellement à se surprendre soi-même.

Quels sont les freins et, au contraire, les révélateurs pouvant selon toi l’y aider ?

Le plus gros frein est probablement de rester fixé sur soi-même. Nous ne sommes qu’interaction avec le monde qui nous entoure. Ignorer le monde extérieur, les autres gens, nous empêche donc d’avancer dans notre propre quête personnelle. Je crois qu’essayer de comprendre les autres est un bon moyen de se comprendre soi-même.

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L’intro de Rainchild tout comme le jeu de la batterie donnent des frissons dans le dos. La tonalité du texte est suffisamment mélancolique pour ne pas cerner son opposition avec les chœurs tentant de redonner des couleurs plus positives au sujet. Qui est cet enfant de la pluie ressentant l’amour comme un enfant sans mère ?

Il s’agit de ma facette avide de sensations fortes, d’évasions et de rêves. Hermann Hesse décrit très bien ce dégoût envers l’absence de sensations ainsi que la platitude dans les premières pages de son roman Le Loup des Steppes.

« J’aurais aimé devenir magicien. C’était la tendance la plus profonde, le penchant le plus intime de ma nature. Je ressentais une certaine insatisfaction devant ce qu’il était convenu d’appeler la réalité, qui me semblait être le produit d’une stupide convention établie par les adultes » : que t’évoque justement cette citation tirée d’un autre livre d’Hermann Hesse, Enfance d’un magicien ?

C’est une ode à l’imaginaire et à la création qui me parle énormément, et qui reprend en d’autres termes cette frustration dont je viens de parler. Cette réalité-là ne m’a jamais suffi, d’où mon besoin de construire des mondes imaginaires avec des mots et des notes.

S’il en existait une, de quoi serait composée selon toi cette formule magique la plus à même de soigner les dérives de cette stupide convention dont parle Hermann Hesse ?

Il faut réussir à garder son âme d’enfant ou de philosophe, continuer à se questionner, accepter qu’il ne puisse y avoir de vérité absolue. Nous avons besoin de vérités pour nous sentir en sécurité, mais celles-ci ont tendance à nous enfermer et à nous empêcher de rêver et d’évoluer. Peut-être que la formule magique aurait comme but de nous enlever ce besoin de vérités.

Quelle part jouerait la musique, et notamment celle de Gunwood, dans cet enchantement ?

La musique, comme les autres formes d’art, est un des moyens de faire vivre une autre réalité à quelqu’un, une autre vérité possible. Pour ma part, c’est la musique qui me donne en partie ce sentiment de sécurité que les gens retrouvent en général dans l’acquisition de vérités. Ça pourrait être ça notre rôle en tant qu’artistes dans cet enchantement : remplacer le besoin de vérités. Mais à ce jour, je n’ai pas la prétention d’arriver à transformer les gens avec ma musique. Si nous arrivons à les faire rêver et voyager, c’est déjà énorme.

Merci encore Gunnar Ellwanger pour cet échange. On retrouve toute l’actualité de Gunwood sur le site officiel du groupe. Rendez-vous vendredi au festival Rock en Seine, et dès le 22 septembre pour votre tournée en France. Bonne continuation à tous !

 



Crédits photos : Richard Shroeder (header), Stephan Zimmerli (dessin), Jérôme Petitpas (live)