hannah featherstone word bound

Hannah Featherstone a sorti son premier album solo en juin dernier. Intitulé Word Bound, il a été réalisé en collaboration avec Estienne Rylle et David Allevard. Rencontre avec une auteure, compositrice et interprète à la voix de velours de toute Beauty.

Bonjour Hannah Featherstone, et merci d’avoir accepté cette interview. Word Bound : c’est le titre de ton premier album solo paru le 28 juin dernier. Wordbound, ou ce qui lie les mots à nos pensées. Ce qui les ligote, aussi. Quelle est la dernière personne à qui tu ne sus pas quoi répondre, et pourquoi ?

Bonjour Florian, et merci également à toi. Lorsqu’on me demande de définir mon style musical, je peine à répondre. C’est arrivé récemment. Un homme m’a inondé de questions sur le style musical de mon album pour être sûr de son achat. Répondre à cette question m’enfermerait dans une catégorie. Or, mes compositions fusionnent plusieurs influences musicales. Je suis fascinée par le pouvoir des mots : ils donnent du sens tout autant qu’ils peuvent le restreindre. Notre représentation de ce qui nous entoure n’est que partielle. Elle est impactée par les mots que nous lui attribuons. C’est l’idée centrale de l’album et notamment du single What’s in a name.

En parcourant ta bio, on découvre que tu mènes une vie partagée depuis toujours entre la France et l’Angleterre.

En effet. Je suis née en Angleterre, mes parents sont tous deux britanniques. On a déménagé en France quand j’étais petite, mais nous faisions énormément de déplacements en Grande-Bretagne pour voir la famille. En me plongeant dans ma généalogie, j’y ai découvert des poètes, des écrivains, des linguistes, des globe-trotters et quelques musiciens. J’imagine que tout cela a nourri mes réflexions et mon penchant pour l’art ainsi que pour les langues. Je me considère aujourd’hui comme hybride des deux cultures et je serais bien incapable de choisir entre ces deux pays.

Selon toi, quel est le principal antagonisme entre la culture française et anglaise pour lequel tu n’eus d’autre choix que de l’accepter comme faisant partie intégrante de ton identité ?

Je pense aux nuances de politesse dans le langage. La France est connue pour son franc-parler tandis qu’en Angleterre on aime enjoliver les phrases. S’excuser à tout va peut paraître comme une faiblesse dans la culture française tandis que dans la langue anglaise c’est presque de la ponctuation. Ces caractères, parfois opposés, font partie de ma personnalité mais je dois avouer ne pas toujours savoir les maîtriser dans tous les contextes. C’est tout un art ! Les quiproquos sont bien vite arrivés et je me laisse surprendre par des embarras qui trahissent ma double culture !

hannah featherstone at home

A contrario, quel est l’élément clé qui les relie et qui a participé à appuyer toute ta singularité personnelle et artistique ?

Nous ne sommes séparés que par la Manche après tout ! Je me suis souvent considérée comme étant Européenne avec une culture commune dans les grandes lignes. Musicalement, nous partageons les mêmes gammes. Dans l’écriture de mes textes, des expressions me viennent par des associations d’idées dans les deux langues. Le français me sert de tremplin pour explorer d’autres idées et aboutir à une expression en anglais, et inversement. Cela m’aide à avancer dans le processus de création surtout quand je me retrouve bloquée.

Tu as commencé la musique par le piano. Tu as également été choriste puis soliste. Très rapidement, tu prends la plume pour écrire et composer tes propres morceaux. Te souviens-tu de ta toute première chanson ?

Oui. Je me rappelle du tout premier morceau que j’ai composé au piano. Je l’ai retrouvé en faisant les cartons lors de mon déménagement de ma maison d’enfance. Il s’agissait d’une partition où étaient inscrits mon nom, la date de 1996 et le titre Tranquille. Toute petite, j’improvisais souvent des airs de musique à la voix. Pour ce qui est d’une chanson construite, c’est venu un peu plus tard. La première que j’ai écrite et interprétée en concert s’appelait Aide-moi. J’avais 14 ans. C’était l’expression d’une envie d’aimer plus pleinement. Je me revois l’écrire sur le vieux piano chez mes parents. J’étais intimidée à l’idée de dévoiler mes états d’âme. Je ne m’exprimerais plus de cette façon dans les chansons que je crée aujourd’hui. Mais je dois bien admettre que ce premier morceau portait une belle candeur que j’aimerais parfois retrouver.

“Je tends toujours à une certaine pudeur, quel que soit le contexte et ce, d’autant plus si le texte engage d’autres personnes.”

 

Tu fais partie de ces gens qui considèrent profondément le sens des mots. Cette approche se mue en un art de vivre, un art tout court. Une incroyable force d’interprétation aussi, doublée d’une véritable signature vocale. Quel est le sujet, le sentiment, l’événement que tu trouverais particulièrement complexe à reproduire par les mots, et pourquoi ?

Je tends toujours à une certaine pudeur, quel que soit le contexte et ce, d’autant plus si le texte engage d’autres personnes. J’ai envie de rencontrer le public par ma musique et ainsi faire écho à certaines émotions ou situations qu’il a vécu. Selon moi, il s’agit d’en dévoiler suffisamment pour que l’auditeur puisse se retrouver dans les paroles, sans trop en dire pour autant. Laisser de l’espace musicalement donne aussi plus de place à l’auditeur pour ses pensées : le silence est parfois plus parlant.

Dans Word Bound, les sonorités pop-jazz répondent à des instants suspendus, à l’instar du titre Once And For All, à la limite de l’expérimental, de la prière même. C’était quoi l’idée derrière ces hommes qui se pendent aux arbres ?

Dans ce titre, j’ai laissé une grande place au silence pour donner plus de poids à la voix lead, comme si elle était isolée. Je pense au tableau de Graham Sutherland, Crucifixion, inspiré par les photographies de l’holocauste. J’ai voulu faire un parallèle entre l’image du Christ défiguré sur la croix, les plaies et les blessures que l’on s’inflige par nos paroles et nos actes de mépris. Cette phrase est posée sous forme de question : jusqu’à quand ce jugement ?

Graham Sutherland Crucifixion

Tu t’es déjà produite à de nombreuses reprises sur scène, notamment au Sunset Side à Paris pour la release party organisée le 5 juillet dernier pour Word Bound. Quel est ton souvenir live le plus mémorable ?

J’ai eu le plaisir de jouer à l’Olympia et dans des Festivals avec un public nombreux, ce qui est toujours très impressionnant. Mais étonnement, les moments qui m’ont peut-être le plus marquée avaient cours dans des cadres plus intimistes. Ce rapport direct au public apporte une spontanéité et une vulnérabilité tant pour les spectateurs que pour moi-même : personne ne peut se cacher.

Le 23 juillet, tu annonçais sur ta page Facebook que tu reprenais le travail de composition et d’écriture. Soit moins d’un mois après la sortie de Word Bound. Je serais tenté de dire : déjà ?

Et je serais tentée de répondre : enfin ! (sourire) J’ai passé de nombreuses années sur l’écriture de l’album Word Bound. J’avais besoin qu’il sorte pour pouvoir me remettre à créer d’autres choses. Suite à sa sortie, l’esprit aéré, la composition reprend son mouvement. Je souhaite poursuivre dans cet élan nouveau de créativité. En parallèle, je souhaite faire de nombreux autres concerts en trio avec mes musiciens, David Allevard et Estienne Rylle.

 


Crédits photos : Alfredo Salazar (header)