justine gaucherand portrait château de cendres

Justine Gaucherand raconte des histoires. Elle les met en musique puis elle les chante comme si de rien n’était. Sans penser à l’impact que ses mots peuvent avoir. Et pour cause : elle raconte des histoires à travers ce qu’elle est. Portrait d’une jeune prodige du verbe biberonnée aux étreintes musicales de Barbara.

Justine Gaucherand n’a que 27 ans. Pourtant, une vie ancienne l’habite. Celle d’une vieille dame a qui ont aurait donné une seconde chance. Et qui, par la force des choses, se réveille de son long sommeil pour assumer ses souffrances et les partager telles qu’elles sont. “Je me replonge dans l’état qui a fait surgir l’émotion qui sera à la base de la chanson. La mélodie se forme comme une phrase grammaticale. Ça s’affiche en couleurs, en mots dans ma tête. Un truc un peu abstrait.” Aucun artifice à l’horizon : la musique de Justine est belle.

Dans l’amphore façonnée par ses textes, on rencontre des lieux étranges, magiques, terriblement ressentis. De vertes prairies qui côtoient les plus hauts gratte-ciels, desquels on pourrait se jeter les yeux fermés. Avec cette certitude devenant des ailes à deux doigts de percuter le sol. Quand elle ne déambule pas dans les couloirs de Sciences Po sous son veston de chargée de communication et de documentation technique multilingue, Justine Gaucherand s’évade. Et ce, pour mieux nous balader dans les allées de ses charmes.

Leur formule est tenue secrète, égarée entre songes, luttes et sensibilité exacerbée. L’une de celles dont on ne peut se défaire. Et qui, à elle seule, embaume la pièce de nos confidences tues. De Charavines, son village natal isérois, Justine conserve ce malaise qui lui fit rapidement préférer la ville. Elle vit un temps à Bordeaux puis s’installe à Paris en septembre 2016. La frénésie urbaine la tient en haleine. Elle est aussi cette promesse espérée patiemment dans un coin de son grenier. Où les maux et les plaintes, tout autant que les plus merveilleuses pensées, attendaient seulement qu’elle en sorte pour être dévoilés.

Justine Gaucherand : trop ceci, trop cela

D’abord, être incapable de comprendre ce qui se trame. Justine Gaucherand n’a alors que trois ans. “J’avais une acuité sur les choses qui m’entouraient qui faisait que je ressentais tout de façon décuplée.” Puis encaisser pour finir par fuir. Enfin, s’arrêter et faire volte-face. Là réside la naissance de l’artiste. Une demoiselle sans nom qui, malgré tout, le connaît par cœur. Tout comme ce don pour déceler ce qui se joue. En filigrane d’actions vaines, impensables, inachevées, dans l’entêtement de certains à demeurer aveugles face à la vérité. “Je me suis dit que c’était en réalité extraordinaire d’avoir cette hypersensibilité. D’avoir mes sens constamment en éveil.”

Le ton monte intérieurement, la véritable nature de Justine s’impose à elle. Par la même occasion, elle la pousse à retrouver le chemin de la musique. Au départ, elle est percussionniste. Elle suit des cours durant une dizaine d’années à Bilieu à l’école du Lac. Elle y rencontre trois autres petits amoureux du rythme, avec lesquels elle forme un quatuor qui se classera second en 2007 au concours des Jeunesses Musicales. Les Tambours du Bronx ne sont pas loin. Mais sa route la mène ailleurs. Quelques années plus tard, dans les bras de ce piano dont elle revisite chaque contour.

“Je suis tombée raide dingue de l’instrument à ce moment-là. J’ai ressenti sa sensualité, que je n’avais pas éprouvée avec les percussions. Mon rapport à lui est presque devenu sexuel parfois.” Elle reproduit à l’oreille les musiques qu’elle affectionne. Barbara lui revient. “Je me suis mise à regarder à nouveau une foule de vidéos d’elle en live. J’avais l’impression qu’elle faisait l’amour à son piano : ça me fascinait complètement.” Puis elle se forme à la Musique Assistée par Ordinateur. Enfin, elle retrouve sa voix, dont seule sa famille se souvenait. Bercée par les mélodies de Starmania et de Sweeney Todd, Piaf lui rend à son tour une longue visite. Jusqu’à l’émergence de sa véritable identité musicale.

Ses autres influences

Agnes Obel

MC SOLAAR

BLONDINO

Morsures et minimalisme

Le monde de Justine Gaucherand n’est pas à la portée de tout le monde. Ceci étant dit, il y a l’espace suffisant pour l’accueillir tout entier. Si tant est qu’on prenne le temps d’écouter et de comprendre. Le premier titre partagé par Justine sur YouTube en 2017 constitue un bel indice pour cerner l’ampleur de son système. Écrit et composé pour le premier court-métrage de son amie Meryl Mourey, The Other Side is the Right One.

Autrement dit, l’incarnation d’une mélancolie douce et posée par laquelle les sentiments de Justine révèlent sa stature. Mais aussi la nature de leurs enjeux. Une nature multiforme qui implique que l’on s’imbibe du moindre tressaillement de l’âme de la citadine. Elle a appris à se livrer. À présent, elle partage sa vie entre la musique et la scène, notamment avec la compagnie de théâtre Okto. Dorénavant, Justine Gaucherand sait.

Elle a grandi et grandira encore. Et malgré le report de ses concerts prévus initialement entre mars et mai de cette année aux Déchargeurs, elle n’a aucun souci à se faire. Si l’on sait que la première écoute de l’une de ses chansons ensorcelle, c’est parce qu’on devine instinctivement qu’on ne pourra plus l’oublier. Car si les souvenirs de Justine sont entre autres les composantes de ses histoires, ils sont, plus qu’ils ne deviennent, les nôtres. Et qu’arrive-t-il lorsque l’on se rappelle ces moments heureux baignant dans l’insouciance d’un quotidien, qu’on aurait tant aimé qu’ils soient éternels, plusieurs années après ? On y revient. Peu importe où ils renaissent. Peu importe la distance à parcourir pour les sentir toujours plus proches. On y revient.

Justine Gaucherand : Facebook | Soundcloud