trypheme thanks god for air emotions

Après la sortie de son premier album Online Dating en janvier 2017, Tryphème est revenue le 1er mars avec son second opus intitulé Thanks God for Air Emotions. Il témoigne de son rapport amoureux, presque mystique, avec ses machines. Tryphème a bénéficié en 2018 d’un accompagnement dédié dans le cadre du dispositif Parcours, mis en place par le FGO-Barbara. L’occasion d’évoquer avec elle le nouveau dispositif Variation(s) 2019 dont l’appel à candidature a été lancé aujourd’hui même.

Bonjour Tryphème et merci d’avoir accepté cette interview. Tu fais de la musique depuis un certain temps déjà. Ton univers est un mélange d’électro, de trip-hop et de synthwave. Tu décris la sortie de ton nouvel album comme une délivrance. Peux-tu nous en dire plus ?

Tryphème : Salut Florian, merci à toi aussi pour cette invitation. C’est vrai, cet album est une véritable délivrance pour moi. Ça faisait un moment qu’il voulait sortir. Deux ans, c’est assez long. Il y a eu plusieurs albums et EPs avortés. Je voyais le temps avancer. J’avais de plus en plus envie de dire des choses. L’occasion s’est présentée : je l’ai attrapée au vol. Thanks God for Air Emotions est composé de morceaux que j’avais déjà faits durant l’année et d’autres titres que j’ai écrits en novembre et décembre 2018.

“Les machines m’apportent cette chaleur qui me manque” : c’est ce que tu as déclaré dans l’une de tes récentes interviews. Que révèle cette confidence ?

Tryphème : Je n’ai pas manqué d’amour en tous les cas. Mes parents sont géniaux, ma famille m’a toujours entourée. Je crois qu’on naît avec un certain karma. En fait, j’ai un peu de mal à comprendre ce qui me manque. Je suis toujours à la recherche de quelque chose, sans savoir de quoi il s’agit ni comment le définir.

Que t’apportent les machines que les humains à l’heure actuelle ne t’apportent pas ?

Tryphème : Question compliquée. Je dirais que les machines vont vite. Tout est fluide, notamment la communication. J’ai beaucoup de mal à comprendre les autres. J’apprends au fur et à mesure. Le fait d’être arrivée à Paris et d’avoir été confrontée à tout ce monde m’a beaucoup aidée sur ce plan-là.

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D’où viens-tu Tryphème ?

Tryphème : Je viens d’un petit village de 300 habitants dans la Drôme des collines. Il y avait beaucoup de vaches et de moines.

(rires) Y’avait-il plus de vaches que de moines ?

Tryphème : (rires) Je crois que c’était plutôt l’inverse !

Quel souvenir particulier te revient en mémoire lorsque je te dis le mot enfance ?

Tryphème : L’odeur des pins qui sentent si bon, et moi en train de courir les pieds nus dans les grands chemins de sable. Les oiseaux qui chantent. C’était vraiment formidable. J’ai eu une enfance vraiment merveilleuse. J’ai été déscolarisée en CM1 pour suivre mes cours par correspondance jusqu’en 4ème. J’étais extrêmement libre. J’avais des poneys. Je partais avec eux à l’aventure. Quand on a vécu à la campagne, ça vous manque énormément. Je crois en fait que c’est cette liberté après laquelle je cours aujourd’hui.

Toi qui étais si proche de la nature, n’est-ce pas contradictoire que tu trouves aujourd’hui plus de chaleur dans les machines ?

Tryphème : (rires) Mais je suis un être extrêmement contradictoire ! Je n’arrive pas vraiment à l’expliquer. Je crois que c’est mon destin. J’ai un chemin à suivre. Je le suis. Si je suis liée à ces machines, c’est pour une bonne raison. J’ai quelque chose à faire avec ça. C’est pour cette même raison que je suis venue à Paris au lieu de retourner à la campagne. Je suis “appelée”. C’est plus fort que moi, je ne peux pas le contrôler.

“L’équipe du FGO-Barbara a été constamment à l’écoute et en soutien. C’est extra pour une artiste comme moi en début de carrière.”

 

Paris : parlons-en. Tu as bénéficié l’année dernière de l’accompagnement du FGO Barbara dans le cadre du Parcours 2018, un dispositif qui permet à des artistes émergents comme toi de pouvoir rencontrer et bénéficier de l’appui d’un certain nombre d’acteurs professionnels du monde de la musique. Il permet aussi de faire des rencontres artistiques. Ce fut le cas pour toi, notamment avec Silly Boy Blue et Oré. Cette vidéo publiée sur YouTube permet notamment de se rendre compte de votre processus de création à trois pour la composition d’un morceau combinant vos univers musicaux respectifs. Le dispositif d’accompagnement Variation(s) est lancé cette année. Il fusionne les précédents dispositifs Parcours et Séquence. Il s’adresse aux artistes parisien·ne·s en groupe ou en solo. Qu’a-t-il concrètement apporté à tes avancées artistiques ?

Tryphème : Ce qu’il m’a apporté de plus beau, c’est d’abord un ami. En l’occurrence, Rémi Sauzedde. Son nom de scène, c’est Apollo Noir. Il avait bénéficié de l’accompagnement Séquence. Je l’ai rencontré grâce au FGO-Barbara. C’est quelqu’un de vraiment formidable. Cette rencontre m’a redonné confiance. L’accompagnement Parcours était vraiment dense. J’ai aussi rencontré une metteuse en scène : Bénédicte Le Lay. Cette collaboration en résidence a débloqué beaucoup de choses. C’était juste avant de participer aux Nuits Sonores. Cette scène a été une vraie réussite grâce à elle. Et grâce au prof de chant du FGO-Barbara aussi : j’ai d’ailleurs gardé un enregistrement sur mon téléphone que je me réécoute avant chacun de mes concerts !

Et personnellement ?

Tryphème : Parcours m’a appris à être plus travailleuse. J’étais un peu fainéante avant. J’ai vraiment pris conscience qu’il fallait se bouger si je voulais faire du live. J’ai également appris à travailler en équipe. En parallèle, j’ai eu accès très simplement aux studios d’enregistrement dès que j’en avais besoin, notamment pour préciser mon live. Grâce à ça, je vais pouvoir faire un seul et même live pendant plusieurs mois. Du coup, je peux me dédier librement et sereinement à la création de mon nouvel EP. Enfin, l’équipe du FGO-Barbara a été constamment à l’écoute et en soutien. C’est extra pour une artiste comme moi en début de carrière. Elle m’a entre autres aidée à résoudre ma problématique liée à mon entourage professionnel. À éviter de faire une belle erreur. Je lui en serai toujours reconnaissante.

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En parlant de live, tu te produiras le 27 avril à la Seine Musicale dans le cadre du  Weather LSM, puis le 24 mai au Festival le Bon Air. Tu déclarais récemment : “Avant, je n’aimais pas la scène, c’était quelque chose de très douloureux pour moi. Désormais, j’ai une vision plus punk du live. C’est ce qui donne de la vie au live.” Comment va se traduire concrètement cette nouvelle approche le jour J ?

Tryphème : Je pense que j’ai beaucoup plus de présence scénique qu’avant. J’ai moins peur. Je me prends moins la tête aussi. Avant, je voulais que tout soit parfait. Je sais désormais que ce n’est pas possible. En fait, ça m’amuse à présent d’interagir avec le public. Quand je me suis produite au Trabendo dernièrement, j’avais une danseuse avec moi. Dans un futur proche, j’aimerais mêler plus souvent musique et danse, voire même d’autres arts. Tout en considérant la faisabilité de ce projet d’un point de vue budgétaire. Pour mes prochains concerts en tous les cas, je suis très impatiente. Une agence va être chargée de réaliser des visuels pour accompagner mon live : ça va être très chouette ! En plus, j’ai le super ingé son de Rémi Sauzedde à mes côtés, Maxime Aurel. Je veux faire quelque chose d’agité pour les gens, que ça les rende fous !

 


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