ulysse von ecstasy romain guerreiro

Romain Guerreiro est Ulysse Von Ecstasy, un jeune auteur compositeur et interprète lyonnais qui ne manque pas de formules. Il sort il y a un peu plus de deux ans son premier EP éponyme après des études en biologie évolutive et en écologie. Rencontre avec celui qui voulait renouer avec les fluides émotionnels grâce à la musique. Entre délicatesse sensorielle et sonorités pop-folk harmonieusement composées.

Bonjour Romain, et merci d’avoir accepté cette interview. Depuis 2016, tu te présentes sous le nom de scène Ulysse Von Ecstasy, un projet musical collectif devenu il y a peu ton seul cheval de bataille. Un premier EP éponyme est paru la même année. Et en juin dernier, tu as posté le clip de sa première plage, The Great Escape. Il a été réalisé cet hiver dans la région de Genève. Entre les deux, tu as suivi une formation continue au Labo du Conservatoire de Lyon en musiques actuelles et amplifiées. Tu t’es également engagé dans certaines collaborations, notamment avec Wooden Beaver. Ceci dit, ce n’est pas ce qui semble pouvoir faire chauffer la marmite. Toi qui te présente désormais comme “un musicien de profession”, vis-tu réellement de ta musique aujourd’hui ?

Bonjour Florian, et merci à toi pour l’attention que tu portes à mon projet musical. Comme tu l’as bien rappelé, il s’agit d’un projet qui s’inscrit dans une dynamique collective avec les potes musiciens qui m’accompagnent, Lionel du label Vibrations sur le fil, mais aussi tout l’écosystème qui m’entoure. J’ai beaucoup de chance d’avoir tout de ce monde-là autour de moi. Je suis un musicien de profession en effet. Autrement dit, je me consacre quasiment entièrement à cette activité. Pour moi, être un musicien professionnel n’est pas qu’une question d’argent et de statut, mais avant tout une attitude de sincérité, d’humilité, de travail, de persévérance, de curiosité, d’humanité, et d’ouverture aux autres. Après, je ne vis toujours pas de ma musique car j’ai voulu me donner le temps et l’espace pour grandir en tant qu’artiste et cela prend du temps. C’est un chemin qui j’ai voulu emprunter. J’aurais pu en choisir d’autres, plus rapides, plus efficaces, mais j’ai fait en fonction de mon caractère et de ma trajectoire de vie. Mes concerts se multiplient. Cette année je devrais pas mal tourner. J’espère que cela fera un peu plus chauffer la marmite comme tu dis ! En attendant, je vis chichement.

“Pour moi, être un musicien professionnel n’est pas qu’une question d’argent et de statut, mais avant tout une attitude de sincérité, d’humilité, de travail, de persévérance, de curiosité, d’humanité, et d’ouverture aux autres.”

 

Parlons franchement : les paroles de The Great Escape révèlent une urgence et une volonté de tracer la route sans regarder en arrière. Comme pour fuir un moi qui n’était justement pas toi. “Run! you’d better try to run. If you don’t want to be found, Run ! Run for your life. Run as fast as you can !”. Cette hypothèse est contrariée par ton intense investissement personnel durant plusieurs années dans Plume!, le premier réseau de vulgarisation scientifique étudiant, puis dans ShakePeers, une plateforme associative de diffusion libre des connaissances scientifiques. Comment fait-on au juste pour passer d’un statut de docteur en biologie évolutive et en écologie au CNRS, à celui d’un songwriter/compositeur/interprète ?

Tu ne t’embarrasses pas des formalités habituelles ! (sourire) The Great Escape traduit en effet une urgence que j’ai eue à me projeter dans ma musique il y a quelques temps. Je n’en suis toujours pas sorti comme tu vois (rires). Mais il n’y a pas de contradiction entre mes activités associatives avec les copains de Plume! et ShakePeers, et mon « destin » de singer-songwriter. Enfin, je ne crois pas. Je suis toujours le même homme ! Bien sûr, j’ai changé, comme tout le monde. J’ai juste continué de grandir. À la fin de mes études de biologie, j’ai découvert que la musique, que je pratique depuis presque toujours, prenait de plus en plus de place dans ma vie et qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Ça me brûlait les mains et le cœur, d’où cette urgence de composer des chansons et de les jouer. C’est un feu qui m’anime toujours et qui, je pense, n’est pas prêt de s’éteindre. Mais pour revenir au parallèle avec mes études et tout ça, je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de différences entre faire de la science ou de l’art. Ce que je veux dire, c’est qu’au centre de tout ça il y a la volonté de transmission de quelque chose, avec le cœur, avec l’esprit. Si je compose un poème, une chanson, un texte sur le rôle de la sélection sexuelle dans l’évolution de la couleur des oiseaux, c’est la même chose pour moi. C’est le plaisir de partager quelque chose avec les autres, tu vois ce que je veux dire ?!

Complètement. Mais au fond, qu’as-tu réussi à dire avec cet EP, et à qui, que tu n’eus jamais l’occasion d’exprimer par de simples mots ?

Je ne sais pas, je n’ai pas fait la psychanalyse de mes chansons pour le moment (rires). Dans The Great Escape, j’ai effectivement mis beaucoup de ma frustration liée à mes années de jeune chercheur en biologie. Une frustration longue et quotidienne au contact d’un système académique inique et malade selon moi, depuis pas mal de temps. Mais c’est une autre histoire, on n’est pas là pour discuter de politique de la recherche en France (rires). J’y ai aussi mis beaucoup de mes aspirations en tant qu’être humain, tout simplement, comme dans le reste de mes chansons. Quand je parle de partir sur les routes, de regarder le ciel, de contempler le soleil, je parle de mes propres sensations, de mon rapport au monde et aux autres. Take It Over parle de la fin de l’Humanité par exemple. J’ai beaucoup de tristesse dans mes chansons, je n’y peux rien c’est ce qui m’habite, je suis un artiste mélancolique, je crois. J’essaie de transformer ça en quelque chose de beau.

ulysse von ecstasy ex band

Maxime Frain à la batterie, Thomas Rougier à la guitare électrique, Sacha Navarro-Mendez aux claviers : tu as rapidement croisé leur route à tes débuts musicaux. Pourtant, ils apparaissent désormais sur ta page Facebook comme d’anciens membres d’Ulysse Von Ecstasy. Pourquoi ?

En fait, j’ai provoqué cette belle rencontre entre nous quatre à l’occasion de l’intégration du projet dans le dispositif d’accompagnement en musiques actuelles du Conservatoire de Lyon. Sacha est partie vers d’autres horizons musicaux. Thomas vers d’autres projets de vie. Quant à Maxime, on jouera encore ensemble, c’est sûr ! Ces séparations, ces départs ne sont pas liés à une galère particulière. Nous avons vécu de chouettes moments au contraire, fait de beaux concerts dans de très bonnes conditions la plupart du temps. Nous étions depuis deux ans dans un processus de recherche et d’apprentissage. Moi-même, je continue ce processus, certes seul pour le moment, mais ce n’est pas une aspiration à long terme. J’aime trop le plaisir de jouer avec d’autres personnes ! En même temps, je sentais qu’il fallait que je passe par une période d’introspection et de travail en solo avant de me projeter à nouveau avec des musiciens. Le départ de Sacha et et celui de Thomas ont été l’occasion d’initier cette remise à plat, ce temps de réflexion. J’envisage donc cette année de jouer pas mal de nouveaux titres liés à cette période lors de mes prochains concerts et tournées, avant de remettre le couvert en groupe, sur des fondations encore plus solides et renforcées par ce travail en solo. J’ai plein d’idées pour des collaborations sur scène, en studio, mais rien de défini pour le moment. Je continue à me laisser guider par mes intuitions, ce sont elles qui me diront où je dois aller le moment venu.

Si je pouvais remonter le temps pour toi, et te renvoyer à un moment précis de ton passé, lequel serait-il et pourquoi celui-ci ?

Tu serais en galère car il y a des millions de fourches auxquelles j’aimerais que tu me ramènes ! (sourire) Je ne dis pas que j’ai des regrets. Mais dès que je fais quelque chose, je ne peux pas m’empêcher de voir les possibilités qui se sont offertes à moi pour dire ou ne pas dire quelque chose, pour faire ou ne pas faire quelque chose. Nous sommes obligés d’accepter l’écoulement du temps, c’est ainsi. Je suis donc dans l’acceptation. Tous les choix qu’on fait nous apprennent des choses sur nous et les autres, c’est le plus important non ? Ça, et être encore en vie évidemment (rires).

ulysse von ecstasy the great escape

Quelques mots à propos des prochains projets de rentrée de Romain Guerreiro, et de ceux d’Ulysse Von Ecstasy ?

Ulysse Von Ecstasy est le nom qui a donné forme à ma personnalité musicale. Comprendra qui voudra ou qui pourra, mais j’avais besoin de créer cette entité. Je m’en rends compte aujourd’hui. Ça me paraît important d’identifier qui on est, au fond, avant de se lancer dans quoi que ce soit dans la vie. Moi, je suis un être humain qui aspire à la beauté et au bonheur avec les autres, et qui veut les transmettre par le moyen de la parole, de l’art et de la musique. Je vais partir en tournée cette automne et cet hiver pour déployer cette volonté. J’ai intitulé cette tournée My Beautiful Friends Tour, car j’aimerais dès que c’est possible passer par les villes où j’ai des amis. J’ai d’ailleurs commencé à faire appel à eux car je considère cette tournée comme collaborative. Tous ces gens sont mes ports d’attache en quelque sorte. J’aimerais bien aller à leur rencontre tout au long de mon voyage, passer un peu de temps avec eux, papoter, prendre des nouvelles. Il y en a que je n’ai pas vus depuis plusieurs années. Certains sont parents et je n’ai pas encore vu leurs kids. C’est dément comme le temps passer vite ! Je ne vais pas rattraper le temps, il ne se rattrape guère comme dirait l’autre. Mais je vais essayer de faire en sorte de ne pas trop le perdre.

 


Crédits photos : Anne-Laure Etienne (band), Paul Royaux (noir & blanc)