hanami joachim mullner maxime lunel

Depuis 2017, Joachim Müllner et Maxime Lunel forment le duo Hanami. Il ne s’agit pas là de leur premier projet musical. Mais il semble être devenu celui de toutes les expressions, tant dans les mots, les sonorités, que dans les textures. Dans ces deux premiers singles parus, Hanami dévoile une subtile sensualité tutoyant un sens se voulant originel. Sans doute l’une des plus élégantes et intenses découvertes de 2019.

Joachim Müllner, bonjour, et merci d’avoir accepté cette interview. Et si on commençait par les présentations ?

Joachim Müllner : Bonjour Florian, merci à toi aussi pour l’invitation ! J’ai trente-trois ans. Je suis né à Paris, mais j’ai longtemps vécu dans le sud de la France, dans le Luberon et près d’Aix-en-Provence. Je suis moitié médecin psychiatre, moitié musicien. Avant Hanami, je faisais partie d’un autre groupe rock indé qui s’appelait In The Canopy. Max faisait lui aussi partie de l’aventure. Nous étions cinq. Ensuite, j’ai collaboré avec un duo électro, Head on Television, avec lequel j’ai fait un certain nombre de concerts et de tournées. Depuis 2017, c’est donc Hanami qui occupe toutes nos journées avec Maxime. C’est de la chanson française electronica. En parallèle, Max est compositeur, arrangeur et réalisateur. Je l’ai rencontré il y a dix ans. Il a trente-cinq ans et il est originaire d’Aubervilliers. Il a notamment fait l’American School, une école de jazz. Il est à la guitare et aux claviers en live. Je venais d’arriver à Paris pour terminer mes études de médecine, que j’avais débutées à Marseille six ans plus tôt. Pour rencontrer des musiciens aussi : j’avais fait de la chorale baroque et contemporaine, sans que je ne sache lire la musique en fait. Je n’ai fait aucune école de musique. Max avait déjà son studio à Pantin, qui s’appelle le studio Mastoïd. C’est là-bas que nous avons commencé à travailler ensemble pour In The Canopy, notamment sur les textures de nos musiques. C’est ce qui nous plaît le plus dans le projet Hanami d’ailleurs.

Hanami : Ce nom de scène renvoie à la coutume traditionnelle japonaise d’apprécier la beauté des fleurs, principalement les fleurs de cerisier ou sakura. Après votre projet musical In The Canopy que tu évoquais à l’instant (ndlr : canopée, autrement dit, l’étage supérieur de la forêt directement influencé par le rayonnement solaire), on sent chez vous une vraie fibre naturaliste dans la symbolique choisie dans vos différents noms. Ça vient d’où cette appétence sauvage et florale ?

Joachim Müllner : (rires) C’est vrai… In the Canopy, c’était pour se souvenir qu’on est des grands singes, bavards. C’était rappeler qu’on vient des arbres, suggérer d’y retourner. Hanami, c’est retrouver un essentiel dans la période actuelle, explosive dans tous les sens et qui pourrait bien faire s’effondrer la planète. C’est ralentir, initier une décroissance. C’est savourer à nouveau des choses simples à l’instar de la floraison des cerisiers. Nous formons un agencement particulaire particulier. Nous ne sommes aussi que quelques atomes dans l’univers. C’est bien de se rappeler de ça.

hanami in the canopy

Quels sont les trois éléments majeurs qui ont motivé votre volonté à Maxime et toi d’initier ce tout nouveau projet musical, au lieu de poursuivre In The Canopy ?

Joachim Müllner : In The Canopy arrivait au terme de son histoire. En parallèle, ça faisait un moment que Max et moi voulions concrétiser un projet ensemble. Nous l’aurions réalisé même si In The Canopy avait continué. Concernant les trois éléments majeurs, je commencerais par nos influences communes : Bon Iver, James Blake, Ry X pour ne citer qu’eux, mais il y en a bien d’autres. Elles nous permettent de nous connecter rapidement Max et moi, ça facilite notre travail de composition. De plus, nous souhaitions un projet simple en live, facile à transporter, même si nous disposons de pas mal de machines finalement. Enfin, le dernier élément est en rapport avec notre liberté de faire la musique que l’on aime, sans compromission. Des mélanges de musiques planantes, introspectives et des grooves plus électro, hip-hop, pour former de nouveaux rythmes.

“Il n’y a pas de sens à être en vie autrement que pour avoir les plus grandes ambitions possibles.”

 

Avant Hanami, tu t’es fait remarquer en juillet 2015 avec la publication sur YouTube du clip The Wikisinger, un titre que tu as écrit et composé dans le contexte de votre précédent projet musical In the Canopy. Cette vidéo fut réalisée avec l’aide de Vincent Rouffiac (Touché Videoproduktion Creative). Elle projette ton chant dans 15 lieux différents. 15 résonances acoustiques qui ont fait l’objet d’un montage ultra-précis pour un rendu exceptionnel. La vidéo a ainsi enregistré plus de 577000 vues sur la plateforme. Quelles avaient été les circonstances de votre rencontre à l’époque ?

Joachim Müllner : Vincent Rouffiac est un ami de Maxime. Il avait réalisé le clip de In The Canopy. C’est dans ces circonstances que je l’ai connu. The Wikisinger, ce sont trois jours de tournage et un nombre de prises incalculable. Vincent a fait un travail de postproduction phénoménal. Le rendu est juste fantastique. Mais si je pouvais imaginer les grandes lignes du rendu final de The Wikisinger, par la publication de The Wikidrummer deux ans auparavant, cette perspective de réalisation vidéo est tout à fait différente de l’approche de Craig Murray, le réalisateur anglais du clip Hanami. Nous ne l’avons jamais rencontré physiquement. Il s’agit d’un coup de cœur on web. Craig avait déjà réalisé un clip pour Mogwai, sur lequel nous avions posé notre musique sur les images du clip : ça marchait tellement bien ! Max et moi l’avons contacté. Nous ignorions ce qu’il allait produire pour nous. Nous nous sommes limités à lui donner quatre mots et le sentiment général qui nous animait dans le titre. Craig nous a finalement rendu ce clip magnifique. C’est comme si lui et nous nous connaissions depuis toujours.

Sur le cœur est le premier single sorti en janvier. Quant au second, Hanami, il est paru le 1er mars. Plus de sept minutes d’intense poésie, baignant dans un jus expérimental électro distillé avec soin. Qui sont ces cadavres exquis évoqués dès le début du morceau, qui comme on le comprend bien, sont issus du passé ?

Joachim Müllner : (rires) Hanami est une sorte de profession de foi, le programme de notre projet musical. Il s’agit d’une épopée, qui résonne avec cette pensée que je me répète souvent, à savoir : il n’y a pas de sens à être en vie autrement que pour avoir les plus grandes ambitions possibles. Ces cadavres exquis sont des douleurs du passé, des personnes qui sont parties, qui manquent. Ils nous accompagnent, au quotidien dans notre exploration de la vie.

hanami sur le coeur

Un voyage récent en terres nippones est-il à l’origine de cette mise en valeur sensationnelle dans ce titre ?

Joachim Müllner : Oui. Je suis allé au Japon il y a deux ans. Max y était également allé il y a quelques années. Nous sommes tous les deux très intrigués par cette culture, son rapport à la nature. Cela a clairement influencé le nom du projet, ainsi que son esthétique visuel. Hanami, c’est aussi s’autoriser à utiliser un mot qui ne fait pas partie de notre vocabulaire. C’est faire une merveilleuse proposition au monde entier. Se retrouver en famille, entre amis, en amoureux, sous les cerisiers en fleur : je trouve ça très beau.

À qui pensais-tu en écrivant ces paroles ?

Joachim Müllner : (silence) Tu me poses cette question, je pense instantanément à mon amoureuse Amina. Mais je n’ai pensé à personne en particulier au moment de l’écriture de ce morceau, hormis à la fin, où les “enlève-moi” font effectivement référence à elle aussi.

J’en passe est le troisième single prévu dans les prochains temps. Pas de date de sortie précise annoncée pour le moment. À quoi doit-on s’attendre ?

Joachim Müllner : On ignore encore à quel moment nous le sortirons en effet. Il s’agit d’une ritournelle électro, d’une chanson d’amour que j’ai voulue la plus sincère possible. Je m’étais toujours refusé à écrire un tel morceau. Ce que les gens désignent par le terme amour représente pour moi une chimère sacralisée qui ne veut rien dire. Il y a à peu près autant de définitions pour l’amour qu’il n’en existe pour le mot dieu. Et puis, beaucoup d’artistes écrivent des chansons d’amour, comme si c’était le truc évident. Je trouvais qu’il s’agissait d’une banalité tragique d’en parler au premier degré. Par contre, ce qui m’intéressait dans J’en passe, c’était de parler de ce que j’étais justement incapable de décrire dans l’amour. Quand c’est tellement prenant et tellement fort que j’en perds mes mots. Dans le refrain, ça fait : “Mon amour pour toi, et j’en passe, et j’en passe…”, tellement ça me dépasse.

 


Crédits photos : Laurent Bécot Ruiz, Pauline Le Goff, biu-santé