i useless twister

Ian est I, Useless. Après un premier deux titres en mai 2018, Out of This, il a sorti quatre mois plus tard son tout premier album Twister chez Atypeek Music. Entre hommage, amour et caresse mélodieuse, il y partage ses peines avec pudeur, mais aussi sa délivrance de ses peurs d’hier. Un univers touchant et créatif.

Salut Ian et merci d’avoir accepté cette interview. Tu nous viens de Clermont-Ferrand et tu te fais appeler le “gros” en Belgique. Tu nous expliques le rapport entre les deux ?

I, Useless : (rires) Salut Florian, merci également pour ton invitation qui me fait très plaisir ! En fait, j’avais pris un peu de poids durant les vacances d’hiver. Du coup, ça n’a pas loupé sur les réseaux sociaux ! C’est marrant, ça permet de parler d’autres choses que du projet de temps en temps. Même si je ne pense pas en faire des chansons non plus.

Les dix plages de Twister ont été écrites et composées à la suite du décès de Céline, ton amie. Sur ta page Facebook, on croit comprendre que tu as perdu d’autres membres de ta famille après celui-ci…

I, Useless : J’ai créé Twister pour mon amie en effet. J’ai arrêté la musique pendant quelques temps après ça. Puis j’ai perdu mes parents pendant l’enregistrement de l’album, à un an d’intervalle. Ces événements ont influencé mon écriture et l’enregistrement de Twister. La façon de présenter les choses aussi, notamment dans les vidéos et dans les perspectives d’évocation du projet.

S’il n’y avait qu’une chanson à garder pour chacun d’entre eux parmi celles disponibles sur Twister, laquelle serait-elle et pourquoi ?

I, Useless : C’est une très bonne question. Pour Céline, ce serait Twister. C’est le point de départ de tout. Pour ma mère, ce serait Hikers. Il s’agit de la chanson la plus tendre, la plus douce. Pour mon père, ce serait Here the Story Ends. Sans rentrer dans les détails, c’est moi qui me suis chargé de toute l’organisation de son décès. C’est la chanson la moins chaleureuse de l’album. Cette froideur est avant tout liée à l’organisation des funérailles en elle-même.

i useless ian

Comment avais-tu anticipé la façon d’évoquer les thématiques connectées à la perte d’êtres chers, sur lesquelles reposent donc en grande partie ton premier album Twister ?

I, Useless : Je trouve cette question très intéressante. À vrai dire, je n’avais pas du tout anticipé. J’étais dans mon truc. J’avais besoin de le faire, de le dire. Après, j’aurais pu ne pas trouver de label et ne pas publier les chansons, ne pas continuer. Mais certaines personnes ont été intriguées par mon travail. Je ne me suis pas préparé à en parler ailleurs que dans la musique. Après, je connais plusieurs artistes qui sont plus loquaces. Ils répondent avec plus de profondeur, ils se confient plus à travers leur musique qu’en réalité. Ces sujets sont compliqués à aborder dans la vie, ça jette toujours un froid. Ça passe dans les chansons, si la musique et les textures sonores s’y prêtent.

Imaginons que tes proches reviennent de l’au-delà pour te dire en quelques secondes ce que leur ont fait éprouver tes mots dans Twister : qu’en diraient-ils ?

I, Useless : Ma mère avait eu l’occasion d’écouter les chansons. C’est elle qui est partie la dernière. À l’époque, je ne lui avais pas dit quelle chanson s’adressait plus particulièrement à elle. Elle trouvait Twister très doux. Mon père, lui, n’a jamais écouté. Je n’ai aucune idée de ce qu’il pourrait me dire sur mes chansons. Quant à Céline, je prendrais le temps de lui expliquer l’impact de sa disparition et les complications qu’elle a engendrées dans ma vie ensuite. Une vie sans elle. Le titre album Twister est un récit de faits et de sentiments. J’incarne un témoin muet qui ne fait que les relater.

“J’ai perdu la peur en perdant Céline et mes parents. La peur des moqueries, d’être jugé, de présenter un projet, d’y arriver, d’échouer, d’oser. Oui, j’ai perdu une bonne partie des peurs que j’avais.”

Quels ont été tes précédents projets musicaux avant I, Useless, ta formation musicale aussi ?

I, Useless : Ce que j’ai fait avant m’a permis d’acquérir l’expérience et de me former musicalement. Par exemple, mon amitié avec les membres du groupe Kaolin m’a permis de préciser mon approche musicale. Je suis parti dans le rock, le noise. Au milieu de tout ça, j’ai fait du droit pendant un an, de l’anglais ensuite. Je suis parti un an en Écosse. Lorsque je me suis remis à la musique, j’ai décidé de composer au clavier, ce que je n’avais jamais fait avant. J’ai aussi choisi de chanter en voix de tête : une première ! J’ai vraiment voulu explorer. Pas par simple défi de compliquer les choses, mais plutôt pour trouver une nouvelle fraîcheur.

On a tendance à dire qu’on ne peut oublier les gens que l’on a sincèrement aimés, une fois qu’ils sont partis. Qu’on apprend à vivre sans eux, sans autre choix. Sans pour autant qu’ils ne soient plus avec nous dans notre quotidien. C’est d’ailleurs dans ce sens que tu l’exprimes. Au-delà du fait d’avoir participé à ta révélation musicale et à la réalisation de ton premier album, quels sont les trois autres enseignements majeurs que leur disparition t’a conféré pour ton avenir d’artiste et d’homme ?

I, Useless : Mon avenir d’artiste et mon avenir d’homme sont à présent entremêlés. Je crois que cela pourrait constituer le premier enseignement. Le second, c’est de savoir composer avec cette perte totale de repères, que j’avais depuis des années. Le dernier : je crois que j’ai perdu la peur en perdant Céline et mes parents. La peur des moqueries, d’être jugé, de présenter un projet, d’y arriver, d’échouer, d’oser. Oui, j’ai perdu une bonne partie des peurs que j’avais.

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On est assez bluffé, dès le premier couplet du titre album Twister, par la tonalité et les variations de ta voix. Ajoutées à ta prononciation anglaise singulière, j’ai rapidement pensé à la voix de Nina Goern de Cats on Trees. Quelle est la part de l’électronique dans le rendu final de ton chant ?

I, Useless : Merci pour cette comparaison ! J’écoute beaucoup Cats on Trees. J’aime également le timbre vocal de Nina Goern, un timbre adolescent très pop-folk. En fait, je commence par faire des démos chez moi avec mon ordinateur qui date de 2009. Ma carte son est aussi vieille que lui. J’ai un micro, mes guitares et mes autres instruments. Je n’ai pas de studio à proprement parlé. Les enregistrements ont lieu au studio de Tweed Music à Montluçon. C’est aussi une école de musique. Ludwig Martins et Julien Cantillon, deux des membres du groupes Kaolin, sont à l’origine de leur création. Il n’y a pas de traitement électronique particulier au niveau de ma voix.

Quelle st l’origine de cette touche électro singulière ?

I, Useless : Ça m’est venu en faisant des tests sur des chansons la nuit. Mon micro est très sensible. J’ai commencé à susurrer en me rapprochant le plus possible sans chercher à appuyer le timbre, en voix blanche en fait. Un peu lorsqu’on se réveille la nuit et qu’on n’a pas encore la voix bien en place. Et ça a donné cet effet-là. Je n’étais pas forcément convaincu sur le moment. C’est en réécoutant que j’ai trouvé ça intéressant. J’ai continué à travailler de cette manière. Au final, il n’y a aucun apport de l’électronique. En général, je double mes voix pour les renforcer ou pour les affiner. La partie électronique se situe seulement dans les claviers et dans certains arrangements.

Aucun évènement n’est mis en avant pour I, Useless à l’heure actuelle. Est-ce à dire que tu peines à trouver des salles pour faire tes premiers concerts, ou que les premières dates sont déjà dans les tuyaux et à deux doigts d’être annoncées ?

I, Useless : J’ai déjà fait trois concert pour I, Useless. Mais pour être très honnête, je ne suis pas vraiment à l’aise en live. D’une part, je suis très perfectionniste. Quand je suis en studio, je peux retoucher, revenir en arrière. En live, c’est beaucoup plus compliqué. C’est maintenant, tu y vas ! D’autre part, j’ai eu longtemps l’habitude de me produire sur scène en groupe avec quatre à cinq musiciens. Tu sens un soutien, une assise dans cette perspective-là. Je joue toutes les chansons de Twister en m’accompagnant à la guitare. Ça convient bien pour des petites salles, des radios. Sur des plus grosses scènes, dans les salles plus imposantes, il me faudrait un groupe.

 


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