sparky in the clouds kings and queens

Le groupe Sparky In The Clouds est né de la rencontre du Français Mathias Castagné avec les sœurs Perkins, originaires d’Angleterre. Après la sortie de son EP There’s a Way to Make Thing Brighter en juillet 2016, le trio folk-blues est revenu le 21 septembre avec un nouvel album intitulé Kings and Queens. Il s’apprête à fouler les planches du Hasard Ludique à Paris, jeudi 8 novembre dès 19h30.  

Miranda et Bryony Perkins, Mathias Castagné, bonjour, et merci d’avoir accepté cette interview. Votre trio Sparky In The Clouds s’identifie à celui porté sur grand écran par François Truffaut en 1971, dans son adaptation du roman d’Henri-Pierre Roché : Deux anglaises et le continent. Ce que votre histoire ne dit pas, c’est si Mathias est à son tour tombé amoureux des deux sœurs Perkins : and so ?

Mathias Castagné : Haha ! Dans un certain sens oui. Créer et jouer ensemble, ça ressemble à une histoire d’amour. Cela doit en tous les cas être nourri et nourrissant, comme toute relation sentimentale. Une sorte de triangle amoureux… Bon j’arrête là, je sens que cela pourrait aller au-delà de tes espérances (rires).

Formation classique, puis guitare électrique et jazz improvisé. Pour finir par être prof de musique au Club des enfants parisiens. Selon toi Mathias, quels seraient les trois mots qui pourraient définir le mieux ton parcours artistique et personnel ?

Mathias Castagné : Question pas évidente, ou qui nécessite du moins une concision extrême pour raconter tant d’années… Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être musicien. J’ai eu la chance de commencer enfant. J’ai écouté et pratiqué toutes sortes de musiques, et fréquenté assidûment la médiathèque de ma ville. C’est ce qui m’a permis de forger mes goûts. Le premier mot qui me vient donc spontanément à l’esprit, c’est la curiosité. Elle m’anime encore aujourd’hui : j’ai un appétit insatiable pour la nouveauté, j’ai gardé un esprit de “chercheur universitaire”. Je prospecte autant dans le passé que dans l’actualité. Je repense à l’adolescent que j’étais, qui faisait des maquettes dans sa chambre avec le vieux quatre pistes de son père ; qui créait des BO imaginaires, mêlant sons concrets saisis de sa fenêtre, samples de films enregistrés la veille au cinéma de minuit, et improvisation à la guitare. Je dirais que ce qui m’a toujours fasciné, c’est la puissance d’évocation propre à la musique, qu’elle soit accompagnée de paroles ou d’images. C’est ce que je fais aujourd’hui, que ce soit avec Sparky In The Clouds que quand j’écris de la musique pour le théâtre. Je me demande ce qui doit être pris en charge par la musique dans la narration. Mon second mot sera donc raconter. Enfin, les connaissances et les compétences que j’ai acquises au Conservatoire et à l’université m’ont permis de vivre de la musique jusqu’à aujourd’hui, essentiellement en me produisant sur scène. Par conséquent, le dernier mot que je choisis est jouer. Dans tous les sens du terme…

sparky in the clouds on the road

La toute première rencontre eut lieu entre Miranda et toi. Et c’est l’arrivée de Bryony qui permit le déclic et la formation du groupe. Bryony est danseuse professionnelle. Même si elle chante en duo avec sa sœur depuis l’enfance, elle a dû se remettre au chant lors de la création du groupe. Bryony : quel joli prénom. Pourrais-tu nous en dire plus sur ses origines Bryony ?

Bryony Perkins : Quelle étrange mais quelle belle question. Il faut savoir que mon prénom est la version féminine du prénom irlandais Bryon, mais que c’est aussi le nom d’une baie vénéneuse que l’on trouve dans les bosquets. On retrouve aussi ce prénom dans le titre d’un conte de fées mystérieux.

Tout un programme (sourire). Comment as-tu managé cette période de transition durant laquelle tu as consacré plus de temps au chant, pour maintenir un équilibre avec ton autre expression artistique, la danse ?

Bryony Perkins : Pour moi, toutes ces formes d’expression sont liées et se nourrissent les unes des autres. Mon plaisir ultime est de les faire se rencontrer. Grâce à la danse, j’ai appris à contrôler mon corps, ce qui m’aide aujourd’hui en tant que chanteuse. La musique est un rythme, un mouvement : je n’ai jamais eu l’impression de m’éloigner de la danse, plus de l’utiliser à un autre niveau. J’ai toujours chanté. Même lorsque je dansais en Angleterre, je chantais. Il est vrai que lorsque je suis arrivée en France, ce sont surtout les portes de la musique qui se sont ouvertes. Alors, j’ai foncé.

Votre musique et votre univers sont tout à fait originaux. Ils résonnent par exemple avec ceux du duo suédois First Aid Kit, du trio nord-américain éphémère formé par Neko Case, K.D Lang et Laura Veirs, et de certaines collaborations de Mike Oldfield, notamment avec Maggie Reilly. Que vous inspirent ces références ?

Mathias Castagné : Les deux premières références sont clairement ancrées dans la culture américaine, je ne crois pas qu’on soit dans la même esthétique car nous sommes un groupe avant tout inspiré par la folk anglaise, que ce soit dans le chant ou la musique. Cela ne nous empêche pas d’adorer bon nombre d’artistes de folk américains d’hier et d’aujourd’hui. Nous avons même un morceau intitulé Ghost in the Machine, flirtant avec l’Americana sur notre dernier album Kings and Queens. En ce qui concerne Mike Oldfield, peut-être, le côté anglais, hymne, que nous recherchons par moment.

“Quand tu dépenses une énergie folle à créer, à défendre ta proposition artistique sur scène et à travailler avec des partenaires pour qu’elle soit diffusée, la moindre des choses, c’est d’oser croire à ta légitimité, ou du moins l’espérer.”

 

Vous listez sur votre page Facebook un certain nombre d’autres influences, à l’instar de Dick Gaughan, Bob Dylan, Al Green… Cette liste impressionnante est-elle le moyen de croire en votre légitimité ?

Mathias Castagné : C’est une grande question de se sentir légitime ou pas. Quand tu dépenses une énergie folle à créer, à défendre ta proposition artistique sur scène et à travailler avec des partenaires pour qu’elle soit diffusée, la moindre des choses, c’est d’oser croire à ta légitimité, ou du moins l’espérer. C’est aussi quelque chose qui se construit avec le temps. Pour l’instant, nous sommes au début de la route. Il nous reste du chemin à parcourir. Ces références musicales sont surtout une façon de décliner notre identité, de dire d’où on vient et vers quoi on tend. En réalité, nos influences nous dépassent souvent. Sans compter qu’elles ne sont pas que musicales, mais inextricablement mêlées à nos vies, à nos amours, à nos amitiés, à nos rencontres et à notre rapport au monde.

Bryony et Miranda, vous êtes les auteures des paroles. Comment organisez-vous votre travail d’écriture en duo ?

Miranda Perkins : On a développé une façon de travailler en ayant des moments de silence, durant lesquels on écrit toutes les deux sur le même sujet. Des moments de partage et de brainstorming, aussi. Enfin, des moments ou l’une d’entre nous a une vision claire et va au bout de sa pensée, et qui répondent à des moments où l’on écrit la moitié d’une ligne chacune. Chaque chanson est différente selon les faits qui nous touchent. Puisque nous sommes très proches et que nous partageons beaucoup d’expériences ensemble, nous sommes inspirées par les mêmes sujets. La clé de notre travail à deux devient l’écoute. L’écoute de l’autre et l’écoute de soi guident nos choix en permanence.

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Au fond, quelle est la trame commune des paroles dans votre nouvel album Kings and Queens ?

Miranda Perkins : L’écriture des paroles de Kings & Queens a été influencée par nos vies et les moments forts que nous avons vécus. En ce qui me concerne, il s’agit de la mort soudaine de notre père à Bryony et moi, en 2003. 15 ans plus tard, et en passant par des phases différentes, j’ai eu le temps d’accepter et d’aborder à ma façon la grande question de la vie et de la mort. Soit ouvertement, soit subtilement. Chacune des chansons parle d’une douleur qu’on a relâchée, acceptée. D’un souvenir, ou de la décision de ne plus résister au mouvement de la vie. Pour citer des artistes qui m’ont influencée lors de ce processus, ce sont des songwriters tels que Joni Mitchell et Mark Kozelek pour leur façon d’inclure les détails de la vie quotidienne dans leurs histoires profondes. Bill Withers pour sa poésie et son imagerie, et Eric Bibb pour la façon dont il aborde et décrit la spiritualité, simplement et sans artifice.

Bryony Perkins : Nous avons également beaucoup visité l’Inde avec nos parents. Cette sensation de voyage et de mouvement me rappelle sans cesse qu’il y a une multitude de façons d’approcher la vie, c’est ce que nous essayons de communiquer dans nos textes.

Chat échaudé craint l’eau froide : après ton départ de la Crevette d’acier, tu décides Mathias de prendre de la distance avec la chanson française. Peut-on malgré tout espérer prochainement un titre en français made by Sparky In The Clouds ?

Mathias Castagné : Pour l’instant, on se concentre sur ce qu’on sait faire ensemble, mais rien n’est exclu… Affaire à suivre donc !

Skriber a eu l’opportunité l’année dernière de rencontrer Piers Faccini. Il semblerait que vous ayez également croisé sa route. D’ailleurs, on retrouve certains résonances de son album I Dreamed an Island dans le vôtre, notamment dans votre titre The Storm. Quel souvenir gardez-vous de ce moment avec Piers ?

Mathias Castagné : Nous savions disposer d’une pléiade de références communes avec Piers Faccini, mais on ne se doutait pas à quel point nos goûts artistiques étaient si proches. Cela a rendu notre collaboration facile. On a travaillé dans une confiance mutuelle. Le processus de réalisation a été très fluide. On avait peu de temps, mais on a su travailler efficacement et sans stress. Piers Faccini a un haut degré d’exigence concernant le songwriting, et cela a été extrêmement motivant de l’avoir comme producteur. Chacun de nous a pu donner le meilleur. On ne pouvait pas espérer mieux : c’est un choix parfaitement cohérent avec notre esthétique musicale. On peut dire que Piers Faccini nous a aidés à nous révéler et à nous débarrasser du superflu.