victoire oberkampf songs for a city

Victoire Oberkampf mêle à la chanson des confidences simples et pures, tirées de ses égarements diurnes sur les scènes du monde, de ceux nocturnes où les songes deviennent réalités. Avec son nouvel EP Songs For A City, paru le 30 mai 2018, elle se souvient et partage les sentiments la liant à New-York, à ses rues, à ses inattendus et à ses malentendus.

Victoire Oberkampf, bonjour, et merci d’avoir accepté cette interview. Pourrais-tu commencer par nous dire quelques mots sur ta famille, et sur la place qu’y tenait la musique ?

Bonjour Florian, merci à toi aussi. Mon père était pasteur, et ma mère prof. J’ai grandi dans un milieu assez particulier puisque ma chambre était au dessus d’un temple ! Autant te dire que le dimanche matin, j’oubliais un peu les grasses mat’ car l’orgue commençait à jouer dès 10h30. Par contre, pendant la semaine, il y avait des concerts tout le temps dans cette chapelle. J’appréciais particulièrement ceux de gospel. J’entendais tout depuis ma chambre ! Le gospel m’a beaucoup influencé, mon père en écoutait très souvent. Il avait des vieux disques du Golden Gate Quartet sur lesquels il chantait à tue-tête avec sa grosse voix de baryton. Je me suis nourrie de ça et de ses autres influences : The Rolling Stones, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Renaud, Brel, Brassens. Ma mère, elle, c’était Françoise Hardy. On écoutait sa cassette dans la voiture : j’adore les arrangements et la mélancolie douce de ses chansons. Barbara et Georges Moustaki aussi. Un beau mélange !

Quel est le souvenir le plus ancien que tu as de ton enfance ?

Je suis vraie parigote d’origine, née dans le 14e arrondissement à Paris à la fin des années 80. J’ai habité Le Havre lorsque j’étais petite. Je crois que le plus vieux souvenir que j’ai remonte à cette époque. J’avais 2 ou 3 ans. Je me souviens précisément de cette plage de galets qui était une peu comme un parcours du combattant à chaque fois pour mes petits pieds (sourire).

Dans quelles circonstances es-tu devenue toi-même une musicienne ?

Mon père avait une guitare et jouait beaucoup de rock à la maison. Il chantait aussi, mais pas très juste (rires). On se rendait bien compte que toutes ces chansons lui servaient de défouloir : il y prenait un plaisir fou. Alors, après m’être battue avec le Conservatoire et le piano pendant des années, j’ai décidé à mon tour de me défouler sur ce beau morceau de bois. Pour mes 17 ans, mon père m’a acheté ma première guitare. Ce fut l’événement déclencheur. Je venais de découvrir le tout premier album de Ben Harper, Welcome to the cruel world, qui fut un vrai choc musical pour moi. J’ai commencé comme ça, en apprenant par cœur ces chansons-là pendant des heures dans ma chambre.

victoire oberkampf le son de la pluie

As-tu des frères et sœurs musiciens tout comme toi ?

J’ai quatre sœurs qui aiment toutes la musique ! Avant de chanter toute seule avec ma guitare, je chantais très souvent avec deux d’entre elles. Ma petite sœur joue aussi beaucoup de violon, elle m’accompagne d’ailleurs sur certains lives ! Elle chante aussi très bien. Si elles n’étaient pas si prises par leurs métiers respectifs, je rêverais de monter un groupe avec elles quatre.

En 2012, tu te joins à la formation musicale Elessar (ndlr : la formation s’appelle désormais No Mountains). Victoire Oberkampf devient la lead vocal d’une troupe composée de 13 musiciens en tout. À cette occasion, Elessar sort son premier album Sun We Rise, mélange de sonorités mystiques et d’élans symphoniques. Comment en es-tu venue à intégrer un tel projet ?

Ça faisait quelques temps que je gratouillais mes petites chansons dans mon coin. Mais hormis quelques scènes ouvertes, je n’avais jamais fait de vraie scène. J’en avais pourtant très envie. Et c’est pile à ce moment-là que la magie des réseaux sociaux a opéré. A l’époque, j’évoluais dans le milieu de la radio, et le fondateur et compositeur d’Elessar, Romain Olivieri, était un ami d’un des miens. Il m’a envoyé un message pour me demander si je ne connaissais pas une chanteuse qui pourrait être intéressée par son projet. Et banco ! Elessar fut une super expérience pour moi, aux côtés de musiciens de talent, à l’instar de Céline Lepicard, qui m’accompagne toujours au violoncelle sur scène aujourd’hui.

Quelles connexions entre Elessar et ton parcours artistique jusqu’alors ?

Il n’y en avait pas beaucoup justement et c’est ça était génial. C’était comme un tout nouveau terrain de jeu pour moi ! J’ai énormément appris car je suis passée de moi toute seule derrière ma guitare à chanter tout doucement, à être chanteuse lead de treize musiciens, avec un batterie, des cuivres, des cordes… Il a fallu sortir la bête et donner de la voix !

Quels enseignements as-tu tirés de cette expérience pour la suite de ton parcours en solo ?

Je me suis sentie beaucoup plus à l’aise sur scène, notamment pour communiquer mes émotions au public. J’ai également appris à travailler à plusieurs et à bien m’entourer pour faire sonner les choses comme je le souhaite.

Avril 2014 : Victoire Oberkampf sort son premier EP éponyme. Cette parution fait suite à un premier déménagement à Lisbonne quelques temps plus tôt. Quels sont les trois éléments majeurs que tu trouvas là-bas pour la réalisation de cet EP et celle de ton second, intitulé Diario Do Verão, que tu n’aurais pas pu trouver ailleurs ?

En 2013, je vivais à Paris et j’étais journaliste. La musique ne prenait pas encore la place qu’elle occupe aujourd’hui dans ma vie. Pour me lancer vraiment en tant que musicienne, j’ai eu besoin de changer d’air, de prendre un nouveau départ. Lisbonne me faisait rêver depuis longtemps pour le soleil, la douceur de vivre, et le fait de pouvoir y vivre avec peu de moyens. Une ville idéale pour repartir de zéro. En plus de ça, la culture portugaise est une culture de la musique live, et du Fado bien sûr, qui est LA musique mélancolique par excellence pour moi. Enfin, c’est une ville qui foisonne d’artistes et de créateurs : c’est là-bas que j’ai découvert la sérigraphie. Elle m’a permis d’imprimer mes EP dans mon salon, et d’en faire des objets vraiment uniques. À Lisbonne, les gens passe beaucoup de temps à l’extérieur, et j’ai pu jouer dans de nombreux endroits différents. Ça m’a donné envie de faire des vidéos live dans de jolis endroits durant l’été, et d’en faire un EP, Diario Do Verão, un carnet de voyage qui contient des enregistrements faits au Portugal, mais aussi en France et en Afrique où j’ai passé une partie de mon été.

victoire oberkampf diaro do verao

Ce premier emménagement à l’étranger s’avère être une simple escale, puisque tu pars ensuite au Brésil à São-Paulo. Comment décrirais-tu le quotidien que tu vécus là-bas ?

Beaucoup, beaucoup de concerts, du soleil, des gens exceptionnels, et beaucoup d’heures à répéter et à composer. Je donnais aussi des petits cours de français aux gens de mon quartier pour arrondir les fins de mois. Je me souviens aussi de la petite place où nous vivions avec mon compagnon, qui accueillait un marché deux fois par semaine. Les jus de fruits pressés, aussi (sourire).

Quelles seraient les trois grandes différences sociétales entre ce pays et la France que tu pus observer durant ton séjour, et pourquoi te marquèrent-elles si fortement ?

Une des grosses différences que je pourrais noter, c’est d’abord la rapidité avec laquelle les rencontres se font là-bas. Il suffit que le courant passe une fois. J’y ai d’ailleurs rencontré des gens assez exceptionnels et solaires, à l’image du Brésil. Je pense notamment à Paula P Rezende, une artiste peintre avec qui j’ai conçu mon troisième projet, Spiritual. Paula est aussi une artiste qui peint dans la rue, et qui recouvre la ville entière de sirènes géantes. São Paulo est un peu la jungle urbaine brésilienne. On y trouve de tout, du bon comme du mauvais. Il y a une énorme fossé entre les riches et les pauvres et on voit beaucoup plus de misère qu’en Europe, mais aussi beaucoup plus de gens très riches qui vivent dans de véritables forteresses au cœur de la ville. Enfin, une dernière grosse différence : toujours une bonne occasion de faire la fête ! Partout et tout le temps. Il n’est vraiment pas question de rester chez soi, il faut sortir. C’est le mot d’ordre là-bas !

“À New-York, on vit des histoires plus folles les unes que les autres, comme dans les films. Mais vivre cette vie-là comporte aussi son lot de nostalgie et de facettes plus sombres.”

 

Après Spiritual sorti en juillet 2015, tu reviens en Europe pour quelques concerts organisés en France, en Belgique et en Allemagne, notamment dans la maison de tes followers. Puis tu repars, direction cette fois-ci les États-Unis. Pourquoi New-York ?

Pour une artiste folk, New-York est un peu la destination rêvée ! Imagine : marcher dans les pas de Bob Dylan.. c’est magique. Même si le Brésil nous plaisait et qu’on aurait aimé y rester plus longtemps, on a saisi l’occasion de partir là-bas sans hésiter. Même pour mon mari qui n’est pas musicien, c’était un rêve de gosse.

Que symbolisait la ville avant ton arrivée et a-t-elle tenu ses promesses ?

J’avais une vision très idéalisée et romantique de cette ville : les petits clubs de jazz, les jolies rues de l’East Village.. et la vie d’artiste. J’avais lu les biographies de Bob Dylan et de Patty Smith qui décrivent le New York des années 60. Évidemment, New York en 2017 n’est plus la même ville que celle de 1960. Maintenant, pour vivre dans l’East Village, et même à Brooklyn, il faut avoir de sacrés moyens. Mais niveau inspiration, je n’ai pas été déçue. C’est une ville qui bouillonne, une ville passionnante et magique, qui ne dort jamais.

Ton aventure new-yorkaise est productive puisque tu participes entre autres au projet musical de Jeffrey Pupa et Matt Ryan : Frank Blood. En parallèle, tu te produis sur des scènes ouvertes en ville. Tu restes un an et demi en tout. S’il n’y en avait qu’un, quel serait le moment musical le plus extraordinaire et le plus inattendu que tu as pu partager durant cette période ?

J’ai fait beaucoup de concerts dans de vraies salles, et pas seulement des scènes ouvertes, car la ville regorge de scènes pour les artistes indépendants comme moi. J’ai plusieurs souvenirs marquants de concert. Ce qu’il y a de fou dans cette ville, c’est aussi que chaque jour est intense et différent et qu’on peut y faire des rencontres aussi improbables qu’incroyables. Pour payer mon loyer, j’étais serveuse dans un petit resto français pas loin de chez moi. J’étais souvent derrière le bar. Un jour, j’ai commencé à discuter de musique avec un monsieur qui semblait bien connaître le métier. J’ai découvert après une heure d’échange que ce monsieur était en fait l’ingénieur du son et producteur qui avait enregistré et fait les arrangements de plusieurs albums de Lou Reed et bien d’autres. Deux jours plus tard, je me retrouvais dans son studio à enregistrer mes propres chansons, sur du matériel en partie composé du studio mythique d’Abbey road !

victoire oberkampf live new york

Entre Emiliana Torrini et Aldous Harding, ton nouvel opus Songs from the city, sorti en mai dernier, se distingue de tes précédentes réalisations par cette folk toujours plus épurée. De quoi mettre à nu dans le somptueux titre album les différentes facettes de New-York telles que tu les ressentis lors de ton séjour. Une ville fatigante, forte mais seule, étouffante même. Si New-York devait être une personne que tu croisas dans ta vie, laquelle serait-elle et pourquoi ?

Je pense à ce cowboy de l’Upper East Side. Il s’appelle RL Haley, il est songwriter. Le mec a vécu 1000 vies en une seule. Il a grandi dans une réserve indienne. Il a eu plusieurs métiers, puis il a écrit des chansons avec Bob Dylan dans les années 70. Aujourd’hui, il passe le plus clair de son temps à boire du whisky dans son bar favori. Il demeure toujours super classe, habillé avec des costumes 3 pièces, avec un beau chapeau de cowboy sur ses longs cheveux blancs. Un personnage haut en couleur, à l’image de la ville. À New-York, on vit des histoires plus folles les unes que les autres, comme dans les films. Mais vivre cette vie-là comporte aussi son lot de nostalgie et de facettes plus sombres.

La dernière plage The Dawn est un featuring avec Jeffrey Pupa. Ce morceau tranche avec les autres titres de cette album par ses aspects électro. Au-delà du seul fait de rendre hommage à votre collaboration lorsque tu étais à New-York, pourquoi était-ce si important pour toi de faire figurer ce titre sur cet album ?

J’ai voulu faire de cet album une sorte de journal intime de mon aventure à New York. Ma rencontre musicale avec Jeff a été pour moi essentielle. J’ai beaucoup appris grâce à notre collaboration. J’ai pris beaucoup de plaisir à expérimenter ma voix sur des sons beaucoup plus électro. The Dawn est un bon témoignage de ces expériences, et j’en suis très fière. Ce titre est aussi assez sombre et mystique, contrairement aux autres titres que j’ai voulus beaucoup plus doux et reposants. Je trouvais que finir sur cette note inattendue avait quelque chose d’intéressant.

La rentrée de septembre a sonné : quels sont tes projets pour la fin de l’année ? Une autre voyage en perspective pour Victoire Oberkampf ?

Cette année je suis devenue maman !

Félicitations Victoire !

Merci ! C’est l’occasion pour moi de retrouver une certaine sédentarité et de renouer avec mes racines françaises. J’ai prévu ensuite une année de concerts, surtout chez les gens, comme ma dernière tournée en Europe. J’adore cette intimité avec le public. En parallèle, je travaille sur un nouvel album qui, cette fois-ci, sera entièrement écrit en français.

 


Crédits photos : Andreia (hors header et live new-yorkais)