What if we never forget avec

AVEC se dissimule sous un parterre de roses et de pensées qui semble pouvoir s’envoler au premier souffle du vent. Pourtant, la jeune artiste autrichienne démontre une force de caractère qui n’a d’égale que sa volonté de conserver un rapport simple et sensoriel avec la musique. Auteure, compositrice et interprète, elle sort son premier EP Heartbeats en novembre 2015, puis son premier album intitulé What if we never forget en septembre 2016. Rencontre avec une jeune amoureuse du verbe à émotions.

Bonjour AVEC et merci d’avoir accepté cette interview. Dans ta voix, on retrouve les grains d’Elena Tonra, la lead vocale de Daughter, et de Romy Madley-Croft, celle de The XX. Connais-tu ces deux groupes et si oui, que penses-tu de ces deux comparaisons ?

Bonjour et merci à toi aussi. Bien sûr que je les connais ! Je suis une très grande fan de Daughter : j’aime énormément sa musique. Je suis très heureuse que tu me compares à elle. Youth est l’une de ses chansons que je préfère. Je la trouve très profonde, j’adore les paroles qu’Elena a écrites pour ce morceau.

Où as-tu grandi ? Quels souvenirs particuliers gardes-tu de ton enfance ?

J’ai grandi dans un petit village dans le nord de l’Autriche. J’ai eu une enfance très heureuse avec ma petite-sœur. Nous jouions souvent dehors, c’est ce qui a fait naître en moi mon amour pour la nature.

Quelle était la place de la musique au sein de ta famille ?

On ne peut pas dire que ma famille soit une famille de musiciens. Ma petite-sœur jouait de la flûte, mais mes parents ne jouaient d’aucun instrument. En revanche, ils écoutaient énormément de musique. Mon père était fan de country lorsque j’étais plus jeune, ma mère adorait Falco et Sting.

Quelle est la toute première chanson que tu aimas par-dessus tout ? Pourquoi ?

Hum, c’est une très bonne question… Je me souviens d’une chanson de Falco entendue en voiture alors que ma mère conduisait. Il s’agissait du titre Jeanny. C’était ma chanson préférée lorsque j’étais petite, et je l’aime toujours autant.

Est-ce en l’écoutant que tu as décidé de faire de la musique à ton tour ?

Pas forcément. En fait, j’ai commencé à écrire mes premières chansons lorsque j’avais douze ans. L’écriture est venue à moi de manière assez spontanée, naturelle. Je ne m’y attendais pas. Comme je ne m’attendais pas à ce que ma musique soit diffusée en radio quelques années après. J’ai juste commencé à écrire des chansons, puis à jouer de la guitare par moi-même devant des vidéos sur YouTube. J’écrivais surtout des poèmes, à l’instar de ceux que je pouvais lire en parallèle. Je lisais énormément. Et faire du songwriting mon mode d’expression principal me fut très bénéfique. Les thèmes que j’aborde dans mes chansons évoluent évidemment avec l’âge : cette évolution est une chose que j’apprécie beaucoup dans ce travail.

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Tu aurais pu choisir une autre forme d’art pour t’exprimer : peinture, sculpture, danse… Pourquoi la musique ?

La musique a toujours compté pour moi. Dès l’âge de six ans lorsque j’ai entamé mon apprentissage du violon. J’ai toujours été fascinée par les instruments. Et mon goût pour l’écriture s’est rapidement connecté à celui pour la musique. Et puis, je n’ai jamais été très douée en peinture ! (rires)

Existe-t-il un souvenir singulier durant lequel tu as pu te dire que la musique était une évidence pour toi ?

Oui. Je me souviens d’une journée en particulier. J’étais en classe de théâtre à mon école. Je devais avoir quatorze ans. J’interprétais une jeune fille avec sa guitare qui passait un casting. Ce n’était pas vraiment un concert, mais c’était en quelque sorte ma première scène face à un public. J’ai ressenti beaucoup d’émotions à la fois en interprétant ma chanson. Je m’y suis vue.

Quel âge as-tu aujourd’hui ?

J’ai vingt-deux ans.

Quels sont les sujets de société qui touchent une jeune femme et une jeune artiste telle que toi ? Pourquoi ?

Mes chansons sont pour la majorité d’entre elles connectées à ce que j’ai de plus profondément enfoui en moi. Ce sont des morceaux très personnels dans lesquels je partage ma vision de l’amour, de la peine, du pardon. Je n’évoque pas habituellement les sujets de société en rapport avec l’évolution du monde. Mais dans ma démarche artistique et musicale, il y a malgré tout cette envie de faire bouger les lignes et d’inviter les gens à s’interroger, à propos de leur propre vie via la mienne.

Je comprends. Mais, à l’instar des nombreux artistes en France qui se positionnent sur des sujets aussi graves que le terrorisme et les attentats, quelle est ton opinion ?

C’est très dur pour moi de m’exprimer sur des réalités aussi dramatiques. C’est si cruel ! On ne peut pas comprendre pourquoi ni comment des gens puissent agir ainsi. Je crois que le rôle de la musique est de fédérer les consciences et de développer un amour qui dépasse tout le reste. Et sans l’ignorer, de proposer une autre alternative à cette cruauté qui ne devrait pas exister.

“Je ne crois pas que les gens qui apprécient ma musique prennent le temps de s’attarder sur sa technicité. Je crois plutôt qu’ils sont dans une relation à ma musique tout aussi intuitive que la mienne”

 

Sur le site d’Earcandy, en charge de ta promotion, on peut lire : « AVEC démontre que vous n’avez pas besoin d’être capable de lire la musique pour écrire une bonne chanson ». C’est juste. Mais as-tu malgré tout déjà souffert de certains préjugés quant à ta maîtrise technique de la musique par le passé ?

Pas vraiment. Il est vrai que je ne peux pas lire une partition complexe, et que je dispose d’une connaissance théorique musicale limitée. Mais c’est parce que ma démarche est bien plus simple que ça lorsque j’écris et que je compose ma musique. Je ne crois pas que les gens qui apprécient ma musique prennent le temps de s’attarder sur sa technicité. Je crois plutôt qu’ils sont dans une relation à ma musique tout aussi intuitive que la mienne.

Quels sont les membres de l’équipe qui t’accompagne durant les phases de composition, d’arrangements et d’enregistrements ?

Je me charge de toutes les bases qui constituent chaque morceau. Puis Andi Häuserer traduit mes compositions à la guitare et aux claviers. Il y a également Lukas Klement à la batterie, ainsi que Ross Stanciu à la basse. Nous arrangeons ensemble et enregistrons ensuite en studio. Je connais Andi depuis huit ans maintenant, il est devenu un ami. Nous avions un groupe de musique à l’école. Nous avons par la suite rencontré Lukas, qui était dans le même cours de musique que nous. Quant à Ross, nous le connaissons depuis un peu plus d’un an. Je me sens vraiment en confiance avec ces trois garçons. Je les aime beaucoup et j’apprécie énormément leur travail, leur engagement. C’est vraiment cool d’être portée par eux !

Tu as donc sorti l’année dernière ton premier album studio : What if we never forget. Un titre évocateur où la question semble déjà avoir une réponse. Mais laquelle ?

Pour moi, la réponse n’est pas aussi évidente que ça. Pour ceux qui ont écouté cet album, je crois qu’il sera justement un moyen pour eux de trouver une éventuelle réponse. Chaque morceau de cet album est une petite histoire écrivant la trame de la principale. Mais l’idée est que chacun écrive finalement la sienne.

What if we never forget reprend les titres de ton précédent EP Heartbeats, hormis Sailing away, qui était pourtant une jolie balade folk sur la thématique de l’évasion. Pourquoi avoir exclu ce morceau ?

Je ne voyais pas vraiment ce morceau parmi ceux présents sur cet album. What if we never forget a été pour moi le meilleur moyen d’exprimer des sentiments que je suis incapable par ailleurs d’évoquer, notamment dans mon quotidien. La notion de pardon en est un exemple, il a aidé au choix du titre. Car si je crois qu’on peut oublier, je pense aussi que pardonner est une chose bien moins aisée.

avec music live

« Personne ne m’a dit qu’il était plus difficile de pardonner que d’oublier » : une mélancolie teintée de désillusion enveloppe ton titre Oh Boy en troisième plage. Au-delà des amours déçus, quelles sont ces personnes dans ta vie que tu n’as pas encore réussi à pardonner ?

Il y en a un certain nombre, mais ne compte pas sur moi pour te dévoiler des noms aujourd’hui ! (rires) Quoiqu’il en soit, Oh Boy évoque plus particulièrement une relation amoureuse ayant traversé des phases très compliquées. Je crois que chacun a déjà pu connaître ce type de relation durant laquelle on se dit de plus en plus fort : ça ne marchera pas.

Bones offre des sonorités plus électro et une rythmique plus soutenue qui envahit tout. Dans ce titre, tu tombes plus bas que terre. Quelles ont été tes inspirations pour les paroles de cette chanson ?

Je me souviens que j’étais comme paralysée au moment d’écrire les paroles de Bones. J’ai l’habitude d’écrire lorsque j’ai le moral à plat : dans ces moments-là, les chansons s’écrivent presque automatiquement. Ce jour-là, je me suis donc assise dans ma chambre avec ma guitare puis j’ai commencé à jouer ce qui allait devenir le refrain.

Et comment traduire l’urgence que développe Bones dans cette rythmique particulière que j’évoquais à l’instant ?

L’urgence, c’est tout à fait ça. Nous voulions vraiment capter et transmettre cette sensation et l’atmosphère qu’elle génère. En écrivant cette chanson, je voulais être cette urgence. Et que le morceau la soit tout autant. Dans une perspective… presque mystique.

En mai dernier, tu t’es produite à La Maison Sage à Paris. D’autres dates de concert sont-elles prévues pour 2017 en France ?

Pas encore malheureusement ! Mais j’espère que ce sera bientôt le cas car j’adore cette ville, et j’aime beaucoup le public français. Et la langue aussi…

Parles-tu français ?

Seulement un petit peu (rires).

(rires) Formidable accent AVEC. Merci en tous les cas pour cet échange. On retrouve bien évidemment toute ton actualité ainsi que tes prochaines dates européennes sur ta page Facebook. Belle continuation à toi, à très bientôt !

 



Crédits photos : Max Parovsky (header), Max Tyler (live)